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A quoi devrait ressembler un jeu vidéo basé sur Franz Kafka?

Slate.com, mis à jour le 29.01.2014 à 12 h 03

Capture d'écran du jeu vidéo Kafka de Denis Galanin

Capture d'écran du jeu vidéo Kafka de Denis Galanin

Je n’ai pas joué à un jeu vidéo depuis que mon petit frère m’a battu à plate couture à Duck Hunt en 1988. Mais quand le jeu vidéo Franz Kafka sera lancé, un peu plus tard dans l’année, je serai parmi les plus pressées de me plonger dans son graphisme envoûtant, et à échouer lamentablement aux «casse-têtes originaux» qu’a annoncé le créateur du jeu, le développeur russe Denis Galanin (aka mif2000), déjà connu pour son jeu basé sur Hamlet.

Le jeu, selon le communiqué de presse délicieusement succinct de Galanin, suit un héros nommé K., qui «reçoit une soudaine offre d’emploi» (qui n’apparaissait nulle part, pour ainsi dire— ce sont les prémisses du Château). Cette offre d’emploi «change la vie [de K], l’obligeant à faire un long voyage. Auprès du héros, vous ferez l’expérience d’une atmosphère d’absurdité et de surréalisme, et d’incertitude absolue».

Cela semble assez juste? Peut-être bien. Mais ce que cache l’imagerie populaire autour de Kafka c’est que le véritable intérêt de son travail ne réside pas dans la tonalité fantastique mais au contraire dans le prosaïque. Dans Le Procès, Josef K. se fait arrêter sans la moindre raison, mais ne se fait pas jeter en prison, ne se fait pas torturer, puis condamner. Il retourne travailler, puis passe le reste de sa vie à lutter avec une bureaucratie faste, incroyablement incompétente  —et ennuyeuse.

L’histoire primordiale de La Métamorphose n’est pas vraiment que Gregor Samsa est un insecte géant et monstrueux, mais que sa famille a vraiment, vraiment du mal à gérer ses finances.

La pièce maîtresse de La Colonie Pénitentiaire, le système de torture massif et complexe, n’est pas «remarquable» simplement pour ses détails gores, mais parce que son inventeur était un idiot, qui écrivait en charabia, et que ce système ne marche pas vraiment.

Ce qui est génial avec Kafka ce n’est pas juste ses histoires fantastiques. C’est que ce fantastique n’est qu’une distraction de la véritable histoire.

Donc, si j’ai prévu de faire du jeu Kafka mon activité principale dans les transports en 2014, j’ai néanmoins des «suggestions» pour son développement final. Pourquoi pas une porte que l’on ne pourrait simplement jamais ouvrir? Chaque fois que vous vous y essayez, un portier suggère que vous vous mettiez en quête d’un trésor pour le soudoyer —un boomerang en or, ou autre objet semblable à ceux que l’on trouve dans La légende de Zelda. Mais chaque fois que vous déverrouillez la porte —avec le trésor créé spécifiquement pour cela—le portier dit seulement, «Peut-être plus tard». Vous ne «gagnez» ce jeu que lorsque votre personnage finit par vieillir et mourir. Ou quand vous mourez vous-même.

Mieux encore, le plus juste de tous les jeux vidéo basé sur Franz Kafka se déroulerait ainsi: Vous allez sur l’app store pour télécharger le jeu, mais pour l’acheter, il faut cliquer à travers une série de formes labyrinthiques, dont certaines prennent des heures (sinon des jours) à finir. L’application nécessite aussi une vérification complète du casier judiciaire, qui prend deux semaines, et l’envoi de quatre essais de candidature différents, dont deux doivent contredire les autres.

Plusieurs années après avoir commencé à vouloir l'utiliser, peut-être accéderez-vous au bouton vous proposant de télécharger le jeu. Vous cliquerez alors dessus, et un texte apparaîtra enfin. Il dira: «Merci d’avoir joué au jeu vidéo Franz Kafka».

Rebecca Schuman 

Traduit par C.P.

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