Double XCulture

Vous vous sentiriez comment dans le corps d'un(e) autre?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 22.01.2014 à 12 h 04

Capture d'écran de la vidéo «Be Another Lab»

Vous êtes un homme, et vous vous dites qu'être une femme, avoir des seins, comme des protubérances au milieu du corps qui vous cachent un peu les pieds, ça doit être étrange. Vous êtes une femme, et vous vous dites que vous balader avec un truc entre les jambes doit rendre la vie différente.

Une expérience à la croisée entre l'art contemporain et les neurosciences permet à des sujets de vivre cette expérience de l'altérité. Le collectif d'artistes nommé «Be Another Lab», qui travaille sur le corps et la téléprésence, a posté une vidéo intitulée «Gender Swap - Experiment with The Machine to Be Another» (Changement de genre - Expérience avec la Machine pour être un Autre).

Comme vous pouvez le voir dans la vidéo ci-dessus, deux sujets dans la même pièce font des mouvements afin de resentir leur corps, faisant glisser leurs mains sur leurs propres membres. Mais ils portent des casques retransmettant la perception de l'autre, filmée en caméra subjective, afin de voir en se touchant la main, non pas leur propre main mais celle du sujet d'en face, de sexe opposé.

Ce collectif s'est inspiré d'expériences scientifiques utilisant ce type de technologies pour travailler avec des personnes handicapées par exemple.

Au-delà de la prouesse technologique et de l'aspect ludique de l'expérience, elle pose sur le plan philosophique la question, essentielle dans la réfléxion sur l'égalité des sexes et leurs différences biologiques, de savoir comment la perception de soi, le fait d'avoir un corps différent peut influencer ou pas la vision du monde.

C'est une question sur laquelle on lit, sur le plan scientifique, des études différentes, plus ou moins convaincantes, et objets de désaccords. Par exemple, une étude de l'université City University de New York assurait que les différences entre les cerveaux masculins et féminins engendraient une différence concrète de perception du monde: les hommes étant meilleurs pour distinguer détails et mouvements rapides, quand les femmes percevaient mieux les changements de couleur. A l'inverse, un chercheur spécialisé dans les sciences visuelles arguaient de ce que les femmes portaient simplement davantage d'attention aux couleurs, pas que leur cerveau était mieux disposé pour cela.

La perception d'un homme s'oppose-t-elle tellement plus à celle d'une femme que celle d'un homme petit et chétif à celle d'un autre homme plus grand et plus gros? Cette expérience permet de réfléchir à l'altérité sexuelle. Et de rappeler les propos de la neurobiologiste Catherine Vidal, directrice de recherche à l'Institut Pasteur, interviewée par Olivier Monod:

«Si vous regardez un cerveau, les sillons du cortex, ses circonvolutions sont uniques, vous n'avez aucun moyen de dire s'il s'agit d'un cerveau féminin ou masculin. La fabrication du cerveau est profondément marquée par l'histoire vécue propre à chaque individu. Deux femmes peuvent avoir des cerveaux bien plus différents qu'un homme et une femme.»

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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