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«La série française se porte bien» (ou presque)

Alexandre Hervaud, mis à jour le 22.01.2014 à 12 h 33

La sortie du docu «Le cinéma français se porte bien» est l'occasion d'imaginer ce que donnerait une telle enquête sur la série française, qui vit de grands bouleversements.

PUT THE GUN DOWN, NOW - DR

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Ce mercredi sort dans une poignée de salles un documentaire au titre un brin provocateur en ces temps de rapport Bonnell remis début janvier: Le cinéma français se porte bien. Réalisé par Stéphane Arnoux, Jean-Baptiste Germain et Chiara Malta, le film se décrit ainsi: «Paroles de cinéastes, chiffres clés, ce documentaire propose un regard sur le cinéma indépendant en France», et en voici la bande-annonce:

Après vision du documentaire en question, aussi intéressant qu'engagé (aucune major ni réalisateur trop mainstream ne s'y expriment), une idée nous a titillé: et si un documentaire s'attaquait de manière similaire à la création des séries TV en France? Certes, la notion «d'indépendance» n'y serait pas aussi centrale, mais un faisceau d'événements récents ou imminents rendent l'idée d'un film baptisé La série française se porte bien plus que d'actualité. Qu'on le veuille ou non, la création télé française vit actuellement une période charnière, tant côté public que côté créateurs. 

Exemples à l'appui, voici cinq différentes pistes qui pourraient nourrir un tel travail documentaire. Sociétés de productions et réalisateurs, à vous d'y piocher.

Surabondance de l'offre, surpuissance américaine

Le cinéma français se porte bien évoque sans détour la difficulté pour un film français modeste d'exister en salle avec la multiplication des sorties, difficulté amplifiée par l'omniprésence des films grands publics américains sur un nombre important d'écrans.

Des parallèles peuvent être dressés avec la création télévisuelle: l'augmentation du nombre de chaînes, mêmes gratuites via la TNT, a fait exploser le nombre de programmes diffusés plus ou moins habilement sur nos petits écrans. La tendance à la diffusion simultanée en France de séries américaines récentes (et au téléchargement illégal) accroît de manière exponentielle cette offre. Soyons clair: à moins d'être chômeur, alité pour raison médicale ou pire, journaliste spécialiste des séries (et encore...), impossible de faire le tour de l'offre. 

Les différentes façons d'exister pour une série au budget marketing modeste constitueraient un bon fil rouge à notre hypothétique docu sur les séries made in France.

L'apprentissage des séries

Non, enchaîner l'intégrale de coffrets séries HBO et brûler un cierge tous les jours à la gloire de Vince Gilligan ne suffira pas à faire de vous un potable scénariste de série. L'ouverture il y a quelques mois d'une filière consacrée à l'écriture de séries à la Femis est clairement un signal fort, cf l'article publié à ce sujet sur Slate.fr

Suivre durant plusieurs mois une poignée d'étudiants inscrits à ce cursus semble couler de source pour notre docu sériephile.

L'aura internationale

Soyons honnêtes: il y a encore quelques années, l'idée qu'une série française puisse s'attirer les louanges de Stephen King ou Judd Apatow semblait aussi probable qu'une diffusion en prime time et VOST sur TF1 de The Wire.

Grâce aux Revenants de Canal+, c'est pourtant chose faite. La série créée par Fabrice Gobert et adaptée du film homonyme de Robin Campillo n'en finit pas de redorer le blason de la création TV made in France. Adulée par la critique américaine, elle a été auréolée d'un International Emmy Award –une distinction remise en 2012 à une autre série de Canal, Braquo, comme s'en était félicité il y a peu cette boule de nerf de scénariste qu'est Abdel Raouf-Dafri

Impossible qu'un carton de ce type n'influe pas sur le reste de la production, et on imagine –du moins, on l'espère– que diffuseurs et sociétés de production ont depuis revu à la hausse leurs critères qualitatifs. Coller aux basques de la branche TV de la société Haut et Court pour suivre leur gestion du succès des Revenants (et la mise en branle de la saison 2) serait un plus pour notre documentaire. Et, puisqu'on parle ici d'aura internationale, on pourrait également évoquer le débauchage de talents étrangers par les chaînes françaises: de Tom Fontana, créateur de Oz, pour Borgia version Canal, en passant par la série Jo de TF1 avec Jean Reno créée par un auteur canadien et partiellement mise en scène par une réalisatrice danoise passée par Borgen et The Killing!

Les webséries sortent du web

Longtemps synonymes de contenu cheap et amateur, les webséries françaises ont prouvé leur potentiel grâce à une poignée d'ambassadeurs talentueux (et bien entourés), à l'image de l'inévitable François Descraques, créateur du Visiteur du Futur dont la saison 4 vient de débuter en ligne, avant une diffusion prochaine sur France 4.

Franchement, regardez ce trailer de dingue:

Avec la création à l'automne 2012 de la plateforme Studio 4.0. en partenariat avec Dailymotion, le service public (qui vient de sortir également la websérie Les Textapes d'Alice) a enfin accéléré son soutien à la création web, s'autorisant même à piocher dedans pour combler sa grille classique.

Cette mutation et ce changement d'échelle auraient toute sa place dans le plan de notre docu, qui pourrait par la même occasion s'intéresser aux fanbases actives de webséries, dont l'élément le plus marquant de ces derniers mois reste l'incroyable engouement autour du projet de financement participatif de Noob: cette websérie a ainsi récolté plus de 1.900% de son objectif Ulule initial pour financer son adaptation en film, soit un record de plus de 680.000 euros.

Pour être honnête, rien que cette histoire, malgré la qualité toute relative de Noob, mériterait un docu à part entière.

Welcome to Paris, Mr. Netflix

La question n'est plus tant de savoir si Netflix viendra en France, mais QUAND ce service y sera enfin disponible. Et surtout, à quelles conditions, notamment en ce qui concerne le soutien à la création qui pourrait effrayer le géant américain encore plus encore que notre rigide chronologie des médias. Si ce soutien à la création prennait la forme de taxes diverses, pourquoi ne pas imaginer l'hypothèse (très improbable, certes) d'une création française directement chapeautée par Netflix? Une sorte de House of Cards en VF dans le texte, affranchie des contraintes de diffusion en TV et proposée d'un bloc, sans attente entre deux épisodes, pour satisfaire les impatients...

On a même imaginé un cas de figure quasi-plausible qui justifierait le lancement par Netflix d'une fiction «en français dans le texte» avec malgré tout du potentiel à l'international: nous sommes en 2015, et à la suite d'une plainte du Premier ministre Manuel Valls qui n'a guère apprécié les connotations religieuses d'un épisode assez polémique, Canal+ décide de ne pas renouveler Les Revenants pour une saison 3. Sacrilège! Et bien hop, tout comme Netflix a ressuscité Arrested Development, de nouvelles aventures de nos morts-vivants alpins préférés pourraient ainsi exister via la plateforme américaine après moultes négociations. Bon, on s'est un peu éloigné de notre sujet initial, mais retenons juste qu'il serait intéressant de suivre de près Fleur Pellerin et les employés européens de Netflix pour notre projet de docu.

RIP Julie Lescault

22 saisons, 101 épisodes: la série Julie Lescault diffusée par TF1 depuis 1992 rendra enfin les armes avec la diffusion ce jeudi 23 janvier de son ultime épisode. Véronique Genest pourra ainsi se contenter d'insulter la vermine gauchiste sur Twitter, laissant à TF1 l'occasion de dépoussiérer sa grille. On veut –à tort ou à raison– voir dans ce series finale la fin d'une ère qui n'a que trop duré. Et le signe qu'une page de la création télé franchouillarde shootée au formol se tourne enfin. 

La diffusion de l'épisode pourrait intervenir dans l'introduction de notre documentaire, avec un montage parallèle alternant scènes de l'épisode, pleurs d'une mamie fan désemparée, et beuglements avinés d'une bande de jeunes débattant du génie de True Detective, la nouvelle série HBO disponible sur OCS.

Conclusion

Voilà donc cinq pistes –absolument pas exhaustives– de sujets à explorer autour de la création télé française de fiction. Si, d'aventure, certaines sociétés de production intéressées veulent acquérir à moindre coût cet incroyable synopsis (qui n'en est pas vraiment un, certes), adressez vos offres à Slate.fr, 73 rue Sainte-Anne, 75002 Paris, qui transmettra.

Alexandre Hervaud

Alexandre Hervaud
Alexandre Hervaud (231 articles)
Journaliste
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