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Le «porno de monstres» affole Internet

Andréa Fradin, mis à jour le 21.01.2014 à 14 h 44

«Prise par le T-Rex», «Partenaire du loup-garou» ou «Mon amant la licorne»... la littérature érotique cryptozoologique rencontre un succès certain

Prise par le T-Rex, Partenaire du loup-garou ou Mon amant la licorne, compilation de couvertures de littérature érotique cryptozoologique.

Prise par le T-Rex, Partenaire du loup-garou ou Mon amant la licorne, compilation de couvertures de littérature érotique cryptozoologique.

Une romance avec Big Foot, ça vous tente? Et sa version porno? Si la question vous semble incongrue ou carrément malvenue, elle ne l’est pas du tout pour les adeptes de la littérature érotique «cryptozoologique». Désignée aussi plus simplement sous le nom de «porno de monstres», précise The Daily Beast dans un récent article.

A l’en croire, «Fifty Shades of Grey a ouvert la porte à tous les monstres, extra-terrestres, Minotaure, Leprechaun [oui, le farfadet irlandais amateur d’or] et gargouilles inimaginables et assoiffés de sexe.»

Prise par le T-Rex, Partenaire du loup-garou ou Mon amant la licorne sont autant de représentants de ce sous-genre littéraire qui, loin d’être (uniquement) un épiphénomène un peu bizarre —aux couvertures qui rappellent les meilleurs films de série Z vu sur NRJ12 ou TMC un samedi soir—, rencontre un succès certain. A tel point que le très sérieux Business Insider est allé le mois dernier à la rencontre des auteurs incontournables de cet érotisme tératologique. 

Une fortune en auto-publication

Ainsi l’exemple de Virginia Wade, nom de plume d’une mère au foyer du Colorado qui un beau jour de décembre 2011 a eu «cette idée folle», confie-t-elle à Business Insider: Cum for Bigfoot ("Jouir pour Bigfoot"), «premier des 16 ebooks que Wade a écrits sur la bête légendaire […] où chacun détaille une série de rapports sexuels explicites et souvent violents entre la créature simienne et ses maîtresses humaines.»

Comme leur illustre prédécesseur Fifty Shades, les tribulations lubriques de Bigfoot ont été diffusées en auto-publication, ce système qui permet de zapper la traditionnelle case de l'éditeur et qui a l'avantage de rapporter parfois beaucoup aux auteurs (jusqu'à 70% des revenus sur Amazon, précise Business Insider). L’oeuvre a fait les beaux jours de la mère de famille:

«Elle raconte que pendant ses meilleurs mois, elle recevait 30.000 dollars ou plus. Au pire gagnait-elle autour de 6.000 dollars —"je n’ai pas à me plaindre", dit-elle.»

D’autres, telles deux étudiantes américaines, ont vécu le même genre de conte de fée, à base de «langue de reptile, raide et chaude, qui se précipite pour lécher la chair tendre et nue si soudainement exposée» —pour ne citer qu’un exemple assez modéré livré par Le Tag Parfait, spécialisé dans la culture porn. Alara Branwen and Christie Sims (toujours sous noms d’emprunt) ont en effet «beaucoup attiré l’attention des médias pour leurs livres érotiques tels que Prise par le T-Rex, Violée par le Triceratops ou Prise par le Pterodactyl», rapporte Pando Daily.

Une «épidémie» de contenu nauséabond

La belle histoire des fana de créatures mystérieuses s’est néanmoins étiolée depuis la fin de l’année et la levée de boucliers de bon nombre de librairies en ligne qui ont fait le ménage dans leurs publications en auto-édition. Un grand coup de balai qui fait suite à l’indignation de certains sites au Royaume-Uni, un pays qui mène en parallèle une grande chasse aux films porno sur Internet.

The Daily Mail ou The Kernel ont ainsi accusé Amazon, Barnes & Noble (du nom d’une grande librairie américaine) et d’autres de propager une «épidémie» de contenu nauséabond, faisant la promotion «d’histoires de viol, de porno incestueux et de descriptions explicites de bestialité et de pédophilie.»

L'érotisme de monstre en a fait les frais. Au même titre qu’une littérature pornographique «douteuse», «tout ebook qui ne faisait ne serait-ce qu’une allusion à une atteinte aux normes culturelles» a été banni, rapporte le site spécialisé The Digital Reader, cité par Business Insider.

La cryptozoologie censurée


Pourtant, l’attrait érotique des monstres ne date pas d'aujourd'hui: l’Amérique d’après-guerre a connu son lot de magazines mêlant épouvante et pépées franchement dénudées, et, comme le rappelle The Daily Beast, le Dracula de Bram Stocker, tout comme ses innombrables adaptations (érotiques ou non), baigne dans une tension sexuelle permanente —il en va de même pour King-Kong. Le site conclut:

«la différence entre l’histoire de la-femme-qui-succombe-aux-créatures-démoniaques d’alors et celle d’aujourd’hui est une question d’implicite contre explicite.»

A la lumière de ce jugement, que dire par ailleurs de la diffusion de l’oeuvre de Sade, argue Business Insider, dont l’oeuvre tout aussi explicite et violente (feuilletez Les 120 journées de Sodome pour vous rafraichir la mémoire), forte de sa légitimité, se retrouve sur les pages de ces mêmes Barnes & Nobles et Amazon?

En attendant, les auteurs de pornographie cryptozoologique tentent de relancer la diffusion de leurs oeuvres, tout en voyant leurs revenus fondre comme neige au soleil: «de 2.000 dollars début 2013 à tout juste 400 dollars» en novembre dernier, à en croire un des témoignages recueillis par Business Insider.

Leur stratégie consiste désormais à changer les titres de leurs écrits, voire carrément à en édulcorer le contenu, ou bien encore à mettre leurs productions sur des plateformes plus underground. Qui n’ont évidemment pas la même portée qu'Amazon. Non contente de fâcher les libraires, la colossale librairie en ligne s'est donc mise à dos tous les amateurs de porno-dino.

 

Andréa Fradin


On en parlait à 12h40 dans notre rendez-vous hebdomadaire dans le 12:30 du Mouv' avec Thomas Rozec:

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