Économie / Culture

Le lobbying des chaînes de télé pour réduire les obligations de financement des films

Temps de lecture : 2 min

TF1, 2008. REUTERS/Charles Platiau
TF1, 2008. REUTERS/Charles Platiau

Dans Les Echos, ce mercredi 8 janvier, Bertrand Meheut, président du groupe Canal+, et Nonce Paolini, PDG de TF1, publient une tribune sur la chronologie des médias, expliquant que son assouplissement devrait inévitablement conduire à demander moins aux chaînes de télévision. Du lobbying pour la remise en cause des obligations des chaînes à financer le cinéma français.

A l’heure qu’il est, les chaînes françaises, gratuites ou payantes, ont des obligations de financements de films. Les chaînes hertziennes analogiques en clair doivent par exemple consacrer chaque année au moins 3,2% de leur chiffre d'affaires à la production d'œuvres européennes, avec une part consacrée aux œuvres françaises représentant au moins 2,5% du chiffre d'affaires.

En échange de leur contribution au financement des films, elles ont la primauté de la diffusion de ces films sur leurs antennes. Mais pour se retrouver avec des films qu’elles passeront en prime time avec des chiffres d’audience faramineux, les chaînes ont rendu le système pervers: elles se sont mises à instaurer des cachets délirants pour les acteurs, afin de s’offrir Dany Boon et Omar Sy, avoir des têtes d’affiches pour obtenir des films commerciaux à succès. Les budgets ont explosé. Les audiences pas toujours. (Ce qu'expliquait déjà Vincent Maraval l'an dernier.)

C’est ainsi que les chaînes font du lobbying pour revoir leurs obligations de financement du cinéma à la baisse. Elles en ont assez de financer des produits qui, in fine ne sont même pas rentables. Et préserver ce financement pour obtenir, à l'inverse, plus d'avantages –une chronologie renforcée par exemple– est impensable. La tribune de Méheut et Paolini en est un pertinent exemple.

Les deux groupes tiennent, expliquent les directeurs «à rappeler que toute réduction, voire suppression, des exclusivités qu'ils acquièrent devrait être compensée par une révision parallèle de leurs obligations de financement du cinéma. (…) Même si [l’évolution de la chronologie] conduirait inévitablement à une nouvelle concurrence pour les chaînes de télévision, nous ne serions aujourd'hui pas opposés à un avancement, à vingt-quatre mois après leur sortie en salle, de la possibilité d'exposer en vidéo à la demande par abonnement les films français ou étrangers non préfinancés et ayant réalisé moins de 100.000 entrées en salle en France. Cette proposition concernerait plus de 50% des films de première exclusivité qui sortent chaque année en France. Elle permettrait aussi de mieux répartir le financement de l'exception culturelle en incitant de nouveaux acteurs [ils pensent à Netflix, et à Amazon] à prendre leur part dans cet écosystème notamment par le renforcement des obligations de financement du cinéma incombant aux services de vidéo à la demande qui en bénéficient. En parallèle, il conviendra d'assouplir les obligations, y compris de financement, des fenêtres d'exploitation directement impactées par ce raccourcissement, à savoir celles de TF1 et des chaînes Ciné+».

Cette tribune est publiée alors qu’est présenté ce même mercredi, à l’occasion des assises du cinéma, un rapport de René Bonnell. Fin connaisseur du cinéma en France, (ancien dirigeant de Gaumont et producteur) Bonnell y formule 50 propositions sur tous les aspects économiques d’un film. Ce rapport se penche notamment sur la chronologie des médias, pour redire la nécessité de l’assouplir et assurer que les préconisations du rapport Lescure (changer cette chronologie pour réduire les délais tout en sanctuarisant certains privilèges des chaînes) sont les bonnes, à mettre en place selon des ordres de priorité variables.

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