Culture / Égalités

Pourquoi le cinéma a besoin de l'Oscar de la meilleure réalisatrice (et de féminiser tous les prix)

Temps de lecture : 2 min

REUTERS/Brendan McDermid.
REUTERS/Brendan McDermid.

Dans un monde idéal, imagine Jake Flanagin sur le Pacific Standard, on n'aurait pas besoin de l'Oscar de la meilleure actrice dans un rôle principal. Ni de celui de la meilleure actrice dans un second rôle. La reconnaissance serait alors pour la meilleure performance de l'année, sans question de genre.

Sauf que malheureusement, le cinéma que nous connaissons n'est pas celui-là. Le nôtre est phagocyté par le genre masculin. Selon une infographie de la New York Film Academy (vous pouvez la consulter en bas de l'article), une femme est plus de 2,5 fois plus susceptible qu'un homme de se retrouver partiellement dénudée à l'écran, et on compte 2,25 personnages hommes pour une femme. Toujours selon cette même infographie, les femmes se taisent au cinéma: elles ne comptent que pour 30,8% des rôles parlant dans le top 500 des films sortis entre 2002 et 2007.

De même, passer ces films à la moulinette du test de Bechdel donne un résultat édifiant: ils sont nombreux à être recalés. Comme l'expliquait Cécile Dehesdin sur Slate en novembre, pour savoir si un film réussit ou non ce «test», il faut se poser trois questions:

  • 1) Est-ce qu'il y avait au moins deux personnages féminins dont on connaissait le nom?
  • 2) Est-ce qu'elles se parlaient à un moment du film?
  • 3) Est-ce qu'elles se parlaient d'autre chose que d'un homme?

«Si vous avez répondu oui à ces trois questions, votre film vient de passer le “test de Bechdel”, du nom de l'auteure de bande-dessinées Alison Bechdel. En 1985, dans Dykes to Watch Out For, elle dessinait une planche intitulée “La règle”, où deux amies envisageaient d'aller au cinéma. L'une d'entre elles explique avoir comme règle de n'aller voir un film que s'il remplit trois préalables de base», expliquions-nous.

Alors, est-ce que féminiser systématiquement toutes les catégories d'Oscar pourrait changer quelque chose à la situation? Pour Jake Flanagin, il semblerait bien que oui:

«L'Oscar de la meilleure actrice dans un rôle principal force 77% de l'Académie à reconnaître la valeur de l'excellence des femmes dans le jeu —les Meryl Streep, Annette Bening, Viola Davis. Cela force l'écrasant establishment masculin à se bouger un peu pour faire de la place à des femmes aussi talentueuses que lui.»

Ce point de vue est défendu par ces chiffres, comme on le voit dans l'infographie de la New York Film Academy: quand le réalisateur est une réalisatrice, le nombre de femmes dans le casting augmente de 10,6%, et de 8,7% quand on a affaire à une scénariste.

Cependant, pour Dina Grachman, sur Forbes, la création d'Oscar féminins n'est pas la solution. «Les femmes dans le cinéma n'ont pas besoin de charité. Oui, les chiffres craignent. Mais ça ne veut pas dire que les femmes dans le cinéma ont besoin de charité. Pourquoi ne pas célébrer les bonnes choses, comme les statistiques du Sundance 2013?» (50% des fictions présentées étaient dirigées par des femmes).

Le constat dressé par Jake Flanagin pour les Oscar pourrait l'être aussi pour les César. Depuis 1976, seuls quatre films réalisés par des femmes ont reçu le César du meilleur film: Trois hommes et un couffin (Coline Serreau), Vénus Beauté (Tonie Marshall), Le Goût des autres (Agnès Jaoui) et Lady Chatterley (Pascale Ferran). Quant à celui du meilleur réalisateur, il porte bien son nom, puisque Tonie Marshall est la seule femme à l'avoir jamais remporté, en 2000, toujours pour Vénus Beauté.

Et jusqu'à aujourd'hui, une seule femme a reçu la Palme d'Or du Festival de Cannes, Jane Campion pour La Leçon de piano en 1993 —ex-aequo avec un homme, Chen Kaige pour Adieu ma concubine.

New York Film Academy takes a look at gender inequality in film
Courtesy of: New York Film Academy
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Article actualisé le 6 janvier 2014 à 13h20: contrairement à ce que nous indiquions dans un premier temps, une femme a reçu la Palme d'or (Jane Campion pour La Leçon de piano) et Coline Serreau et Pascale Ferran ont vu un de leurs films gagner le César du meilleur film.

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