Plus de 4.000 ans de l'histoire du «monde connu» en un GIF

Détail d'une des gravures de l'atlas d'Edward Quin de 1830, représentant le «monde connu» à la fondation de Rome, en 753 avant notre ère. - voir l'image en taille réelle

Détail d'une des gravures de l'atlas d'Edward Quin de 1830, représentant le «monde connu» à la fondation de Rome, en 753 avant notre ère. - voir l'image en taille réelle

L’atlas publié en 1830 par le Britannique Edward Quin, Historical Atlas in a Series of Maps of the World as Known at Different Periods, with an Historical Narrative («Atlas historique en une série de cartes du monde tel qu’il était connu à différentes périodes, avec un récit historique»), comporte 21 gravures qui représentent visuellement ce que Quin appelait «le monde tel qu’il était connu à différentes périodes». Des nuages spectaculaires occultent l’«inconnu», se découvrant lentement au fil du temps.

Le GIF ci-dessous fait défiler les gravures en séquence, de l’an 2348 avant J.-C., «Le Déluge» (Quin, comme c’était souvent le cas à son époque, interprétait littéralement la Bible) à 1828 ap. J.-C., «Fin de la paix générale». Vous pouvez voir les gravures en version statique, ainsi que les résumés de Quin pour chaque période, en consultant l’atlas sur le site web de la David Rumsey Map Collection. Vous trouverez également des légendes en français dans ce billet du blog Histoire Globale.

L’approche choisie par Quin, écrit l’historien Walter Goffart, était loin d’être inédite, mais suivait au contraire une tendance cartographique du XIXe siècle à présenter les évolutions de l’Histoire comme un ensemble cohérent et uniforme. L’usage de nuages sombres pour dissimuler les zones inconnues du monde, cependant, était une innovation de Quin, grâce à laquelle il a pu mieux affirmer son propos, comme l’explique l’article d’Histoire Globale:

«Le dessein de l’auteur est clairement de proposer un nouveau support à l’enseignement de l’histoire grâce à un ensemble de cartes réalisées à la même échelle afin de montrer la continuité d’un récit mondial qui est celui de l’extension de la domination européenne. (…) L’animation donne à voir l’atlas comme aucun feuilletage ne pourrait le faire et révèle véritablement l’intention de son auteur: un discours géohistorique du monde.»

En cartographiant les connaissances géographiques à travers les âges de l’Histoire, Quin a emprunté le point de vue des géographes de tradition occidentale. Dire d’une zone dans le monde qu’elle était «connue» équivalait, pour Quin, à dire qu’elle était «connue» des cartographes grecs, romains ou européens. De telles cartes dessinées à partir de la perspective des Aztèques, des Egyptiens ou des Chinois auraient, bien entendu, un aspect fort différent. C’est là une vision que le géographe James M. Blaunt, traduit par Histoire Globale, appelle l’«histoire-tunnel»:

«C’est l’idée que le Monde a un intérieur et un extérieur. Jusqu’à présent, l’histoire mondiale a été, pour l’essentiel, l’histoire de l’intérieur. L’extérieur a été, généralement, considéré comme sans importance. L’histoire et la géographie historique, telles qu’elles ont été enseignées, écrites et pensées par les Européens jusqu’à l’époque de la Seconde Guerre mondiale, et encore (…) à bien des égards aujourd’hui, se situent, en quelque sorte, dans un tunnel de temps.»

Fait à partir de gravures extraites d’Edward Quin, Historical Atlas in a Series of Maps of the World as Known at Different Periods, with an Historical Narrative, 1830

Fait à partir de gravures issues d’Edward Quin, Historical Atlas in a Series of Maps of the World as Known at Different Periods, with an Historical Narrative, 1830 - Images via David Rumsey Map Collection

Rebecca Onion

Traduit et adapté par Laurent Pointecouteau