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Trois comédies américaines hilarantes mais inédites qui méritent de braver l'Hadopi

Alexandre Hervaud, mis à jour le 28.12.2013 à 10 h 03

Et si les meilleures comédies américaines de 2013 n'était pas sorties en salles françaises? Voici trois perles qui nous ont bien déridés.

Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux, in Coffee Town - DR

Ouvrez, ouvrez la cage aux oiseaux, in Coffee Town - DR

Et si les meilleures comédies américaines de 2013 restaient inédites en salles françaises? Même si ces dernières ont pourtant accueilli cette année —plus ou moins dignement— de jolis spécimens tels 40 ans, mode d'emploi ou C'est la fin, la question se pose à l'occasion d'un petit coup d'oeil dans le rétro typique de cette période des tops annuels, en se focalisant sur les plus de 140 films proposés en 2013 par votre serviteur sur Slate.fr dans la cadre de la chronique «Trailer est-il?».

Certes, on vous a proposé tout au long de l'année un sacré paquet de daubes, mais avec le recul, on a tout de même su faire preuve de flair, de temps à autres, sachant que 97% des bandes annonces sélectionnées le sont évidemment avant d'avoir vu les films en question. Appelez-ça du SAV ou de la bonne conscience, voici en tout cas le top 3 des meilleures comédies américaines de 2013 «vues dans Trailer est-il?» et toujours cruellement inédites en France à l'heure actuelle:

1) It's a disaster, de Todd Berger

Le pitch: Quatre couples se retrouvent pour un brunch dominical quand l'apocalypse pointe le bout de son nez sous la forme d'une attaque chimique qui les contraint à s'enfermer en attendant la fin.

Ce qu'on en disait avant de l'avoir vu: «Sans être d'une originalité folle, le pitch prometteur du film, dont les critiques sont plus qu'élogieuses, a le potentiel de déboucher sur un huis clos comique intense, d'autant que le casting est plutôt sympathique: on retrouve en effet le toujours hilarant David Cross (éternel Tobias Fünke dans la série culte Arrested Development), Julia Stiles (croisée dans Dexter et revue dans le beau Happiness Therapy) ainsi que la charmante Erinn Hayes (Children Hospital, Worst Week).»

Verdict: On avait vu juste puisque la distribution impeccable du film s'éclate grâce à un scénar malin bourré d'humour noir qui n'hésite pas à y aller franco dans le malaise. Un petit bijou de huis-clos qui vous réconciliera avec le genre après Le Prénom et autre Vénus à la Fourrure.

La bande annonce:

2) Coffee Town, de Brad Copeland

Le pitch: Un webmaster habitué à bosser depuis un sous-Starbuck manigance une stratégie pour empêcher le patron de son «café-bureau» de transformer son établissement en bar lounge.

Ce qu'on en disait avant de l'avoir vu: «la comédie Coffee Town marque la toute première incursion du site College Humor dans la production de long métrage est sortie cette semaine en VOD outre-Atlantique mais hélas en mode géolocalisé (…) Les fans des jouissives séries Parks and Recreation, It's Always Sunny in Philadelphia ou encore Eastbound & Down devraient reconnaître des têtes familières.»

Verdict: Est-ce parce qu'on est archi fans des acteurs (et de leurs séries respectives) qu'on a pris autant de plaisir devant Coffee Town? Peut-être, mais ce serait faire peu de cas de l'humour trash et maîtrisé ici déployé, autant dans les dialogues outranciers que dans le comique de situation improbable. Pour une première tentative ciné 100% VOD, on peut dire que College Humor a réussi son coup: à quand un équivalent français avec les rigolos de Studio Bagel ou Golden Moustache?

La bande annonce:

3) The Kings of Summer, de Jordan Vogt-Roberts

Le pitch: Trois adolescents décident de passer leur été à construire une maison dans les bois pour y vivre, loin de leurs parents envahissants.

Ce qu'on en disait avant de l'avoir vu: «Le film est le premier long réalisé Jordan Vogt-Roberts, un habitué de la gaudriole de qualité puisqu'il a mis en scène bon nombres de sketchs pour le site Funny or Die ainsi que des épisodes de séries TV comme la gore et drôle Death Valley. Il permet surtout de retrouver au casting le couple le plus drôle et chou d'Hollywood: Nick Offerman (Parks and Recreation) et Megan Mullaly (Party Down).»

Verdict: Pour le coup, le casting excitant cité plus tôt n'est vraiment en rien dans l'appréciation archi-positive du film, puisque les stars évoquées font plutôt office de seconds rôles, les vrais héros étant évidemment le trio de garçons en vadrouille. Touchant et drôle —le personnage de Biaggio joué par Moises Arias est sans conteste le plus dingue vu cette année—, le film n'a pas usurpé sa réputation de «mix entre Superbad et Stand By Me formant la comédie la plus drôle de Sundance 2013» formulée par un critique inspiré.

La bande annonce:

Ce top totalement subjectif illustre une fois de plus les difficultés «d'approvisionnement légal» pour amateur de comédies étrangères puisqu'il a fallu, dans les trois cas, braver la Hadopi pour découvrir ces perles. On s'était permis de le faire, honteux, par lassitude de rafraîchir tous les jours leurs fiches respectives sur IMDb et Allociné, désespérement muettes en matière de distribution française.

Au risque de répéter l'évidence, les habitudes côté public pour «découvrir» un film ont changé –on parle ici de découvrir au sens «prendre conscience de l'existence» et non «dégoter une copie».

En juin 1995, j'allais ainsi voir en salle ce qui allait devenir une de mes comédies préférées de tous les temps, Dumb and Dumber, après avoir découvert sa bande-annonce à la télévision (hertzienne) quelques jours avant sa sortie. Il va sans dire que je n'avais alors pas la moindre idée que le film était déjà sorti six mois plus tôt aux Etats-Unis —oui, on fêtera les 20 piges de Dumb & Dumber l'an prochain, vous êtes vieux— et quand bien même, aucun plan B ne m'aurait permis de le voir plus tôt en dehors d'un billet d'avion pour New York. Deux décennies plus tard, je suis abonné aux comptes Twitter de Jim Carrey et Jeff Daniels qui arrosent ma timeline de photos du tournage de la suite de Dumb & Dumber prévue pour l'an prochain...

Autant dire que niveau «connaissance du produit», je suis au taquet et ne serai pas chaud à l'idée d'attendre six mois entre les sorties américaine et française – l'occasion de rappeler ici l'invraisemblable distribution de Anchorman 2 en France prévue pour juin prochain, soit plus de six mois après sa sortie quasi partout ailleurs, signe du mépris total de Paramount France qui s'abritera sans doute derrière «les goûts du public français et autres difficultés marketing» (air connu).

Pour être rigoureux, notons que l'absence de mentions «sortie en France» sur imdb et Allociné n'est pas une référence absolue en matière de disponibilité légale par ici. Certaines diffusions TV ou sorties direct-to-VOD de chouettes inédits sont ainsi totalement zappées: pour 2013, on pense au très drôle The Incredible Burt Wonderstone avec Steve Carell et Jim Carrey repéré ici-même fin 2012 et sorti directement sur Canalplay (ce qui explique son absence dans ce top, d'ailleurs), ou encore le joli Safety Not Guaranteed diffusé en décembre discrètement sur OCS City et actuellement dispo en rattrapage pour les abonnés OCS.

L'occasion, à l'heure où le CSA semble enfin prêt à s'attaquer à la chronologie des médias, d'appeler de nos vœux à la création d'une plateforme indépendante et exhaustive affichant les sorties des films sur toutes les plateformes (VOD, SVOD, etc.). En attendant l'arrivée probable de Netflix qui, niveau petites comédies US indépendantes, ne devrait pas débarquer les mains vides.

Alexandre Hervaud

[PS & MAJ] L'objectif du présent article étant moins d'inciter à télécharger illégalement qu'à découvrir de chouettes films inédits, signalons toutefois qu'il est possible de se procurer le DVD anglais (lisible sur les lecteurs français) de The Kings of Summer, ainsi que le DVD américain (Zone 1 uniquement, donc) de It's a disaster. Dans les deux cas, seuls les sous-titres anglais sont disponibles (les non anglophones sont d'ailleurs souvent doublement "perdant" dans ces tristes cas de non distribution). Concernant Coffee Town, aucune sortie sur support physique n'a été envisagée, mais le film est disponible sur plusieurs plateformes en ligne dont iTunes, mais aucune (sauf erreur) directement disponible depuis la France. N'hésitez pas à signaler en commentaires des solutions légales alternatives...

Alexandre Hervaud
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Journaliste
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