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Aujourd'hui, les groupes ne se séparent plus mais prennent des «pauses»

Temps de lecture : 2 min

Broken Heart / Roland Tanglao via Flickr CC License by.
Broken Heart / Roland Tanglao via Flickr CC License by.

Les fans de garage psyché sont en deuil: encore auteur cette année d'un très bon album, Floating Coffin, le groupe Thee Oh Sees prend, explique le site Consequence of Sound, «une pause d’une durée indéfinie» («an indefinite hiatus»).

Ils se séparent, alors? On ne sait pas, justement: aujourd’hui, les groupes ne se séparent plus, ils prennent «des pauses d'une durée indéfinie».

Fin novembre, c’étaient les Walkmen qui annonçaient leur séparation, oups, une pause indéfinie, avec une déclaration très p'tet-ben-que-oui-p'tet-ben-que-non de leur bassiste Pete Bauer:

«Peut-être que ça changera dans le futur, peut-être pas, peut-être que nous ferons des concerts. […] En même temps, je ne crois pas que nous ayons été un vrai collectif depuis un bon moment, donc il n’y a pas grand-chose à rompre.»

En septembre, c’était déjà le cas des Britanniques de Mumford & Sons; en juin, de leurs compatriotes de Bloc Party

Une rapide recherche Internet ne montre pas une aussi grande fortune de l’expression indefinite hiatus dans les décennies précédentes, semblant accréditer l’impression –subjective– qu’elle se serait progressivement substituée au sec «séparation». Le site Urban Dictionary indique d’ailleurs qu’elle est utilisée par les groupes pour «adoucir le coup pour leurs fans, alors que eux connaissent la dure vérité».

Mais elle peut aussi recouvrir une réalité: au début du mois de décembre, le site Grantland estimait que «le concept de séparation comme point final est en voie d’extinction dans la musique contemporaine» en raison de la vogue des reformations, de la mode des groupes à géométrie variable (alternance entre travail en groupe et carrières solos, notamment), de la multiplication des festivals ou encore de la nécessité pour des musiciens d’assurer leurs vieux jours:

«L’époque où on s’arrêtait après un concert spectaculaire sur un toit ou le coma éthylique fatal de son batteur est finie depuis longtemps.»

En février dernier, The A.V. Club considérait d'ailleurs que l'expression indefinite hiatus constituait un progrès du langage musical:

«Le problème, c’est que le monde demande des oppositions binaires: marche/arrêt. Ensemble/séparés. Il veut des points finaux, pas des points de suspension. Quand les groupes essaient de trouver une voie médiane, leurs propos finissent entourés de guillemets sceptiques. […] C’est un refrain que notre monde binaire devra s’habituer à entendre: de plus en plus de groupes existeront dans cet état végétatif, soit parce qu’ils ne veulent pas en finir soit parce qu’ils ne sont tout bonnement pas sûrs de ce qui va se produire. Même si nous désirons débrancher les tuyaux pour tirer un trait, la décision ne nous appartient pas. Le patient peut se réveiller à n’importe quel moment.»

Difficile de leur donner tort. Ces dernières années, moi qui déteste les concerts de reformation, j’en ai vu une poignée: Pixies, Stone Roses, Pulp ou encore Pavement. Les deux derniers étaient partis au début des années 2000 après un ultime concert, respectivement «pour un moment» et «pour le futur proche». Ils sont revenus une décennie plus tard. Comme quoi «indéfinie» ne signifie pas forcément «infinie», et «il faut qu'on fasse une pause» ne veut pas forcément dire divorce!

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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