Partager cet article

Pourquoi Beyoncé n'arrêtera pas de travailler avec des sales types comme Terry Richardson

Beyoncé diffuse au compte-gouttes les 17 vidéos de son «album visuel» sur YouTube.

Dernière en date, celle pour la chanson XO, tournée par Terry Richardson.

Ce photographe millionnaire est connu pour aimer prendre en photo des filles les plus nues possibles et les rendre aussi mal à l'aise que possible, voire les harceler sexuellement.

En plus de XO, il a tourné cette année le clip de Wrecking Ball, de Miley Cyrus, et celui à venir de Do What U Want, un duo entre Lady Gaga et R. Kelly, qui est accusé d'avoir violé des dizaines d'adolescentes, ce qui ne l'empêche pas de revenir dans les tops en ce moment grâce à son nouvel album...

Certains médias ont du coup appelé les pop stars à arrêter de travailler avec des personnes accusées de crimes et délits sexuels: «Beyoncé n'aurait pas dû engager Richardson», estime ainsi The Gloss.

«Cela diminue le message de pouvoir féminin qu'elle réussit si bien à envoyer, et soutient un homme qui a construit sa carrière en franchissant les limites.»

Tout cela est bien mignon, mais voilà quand nos idoles pop arrêteront de travailler avec des sales types:

  1. Quand le sale type meurt.
  2. Quand le sale type est en prison.
  3. Quand le sale type arrête de générer plein d'argent.

Quand on parle du problème R. Kelly (ou du problème Chris Brown, du problème Roman Polanski, du problème Woody Allen, du problème Josh Brolin, du problème Charlie Sheen), on se demande si on peut séparer la vie d'un artiste de son travail, mais on se demande rarement si on peut séparer l'artiste de son industrie.

Pourquoi est-ce que Beyoncé, fièrement féministe, travaille avec Richardson, clairement un type dégueulasse? Pourquoi est-ce que Lady Gaga, fièrement féministe, travaille avec R. Kelly, perpétuellement accusé de violer des adolescentes? Ils ont tous un point commun: ce sont des stars qui rapportent énormément d'argent à l'industrie musicale.

Le féminisme de Gaga et Beyoncé est sans doute important pour beaucoup de leurs consommateurs, mais l'industrie du disque s'en fout de promouvoir les femmes ou de mettre un terme aux viols de mineurs si ces messages ne vendent pas. L'industrie exige simplement que ses stars continuent à faire de l'argent et continuent à travailler avec des gens qui font de l'argent.

Les boycotts de sales types de l'industrie par des stars sont très rares. Quand vous êtes une jeune star du R&B et qu'on vous demande si vous voulez bien travailler avec Chris Brown, vous dites oui. Pensez à ce qui se passe quand une star critique légèrement ses collaborateurs: en 2007, la star de En cloque, mode d'emploi Katherine Heigl a dit qu'elle pensait que le film était «un peu sexiste», et Judd Apatow et Seth Rogen s'en plaignaient encore deux ans plus tard. Heigl est toujours considérée comme une femme avec qui il est difficile de travailler. 

Et qu'est-ce qui a fait que Charlie Sheen s'est enfin fait virer de Mon oncle Charlie? Pas le fait qu'il ait été accusé de frapper, étrangler, menacer et (mais juste une fois!) tirer sur des femmes. C'est le fait qu'il a dit des choses antisémites et plus généralement insultantes à propos du créateur de la série Chuck Lorre, et s'est mis à jouer de façon de moins en moins montrable. En d'autres mots, il n'a pas été viré pour ses graves transgressions morales, mais parce qu'il a énervé quelqu'un qui fait de l'argent, tout en diminuant sa propre capacité à faire de l'argent.

Parfois, des stars aident même ces sales types à assurer leur place dans l'industrie du divertissement en travaillant avec eux. Depuis que Chris Brown a frappé, étranglé, mordu et menacé Rihanna de mort, elle a enregistré trois chansons avec lui, dont Nobody's Business, un morceau sur le fait que leur relation était un sujet qui ne concernait qu'eux. Quand on lui a demandé pourquoi elle avait recommencé à travailler avec Chris Brown, Rihanna a répondu «l'artiste R&B du moment, c'est Chris Brown». Un morceau comme Nobody's Business est en fait du gros business pour l'industrie musicale, qui peut continuer à promouvoir Chris Brown avec ce qui semble être le soutien de Rihanna.

Faire de l'argent donne à ces mecs le pouvoir dont ils abusent, et faire encore plus d'argent les lave de leurs péchés. En 2002, R. Kelly et Jay Z ont sortis un album ensemble, The Best of Both Worlds. Quand les accusations d'agressions sexuelles sont sorties, et qu'il a été mis en examen pour de la pornographie infantile, la tournée de promo prévue a été annulée, et Jay Z a pris ses distances. Pas pour éviter que son nom soit associé à celui d'un homme accusé de viol, mais pour éviter que son nom soit associé à celui d'une star devenue soudainement non «bankable».

R. Kelly a ensuite sorti deux albums solos à succès, et Jay Z a de nouveau collaboré avec lui en 2004 sur Unfinished Business. R. Kelly était toujours à l'époque devant les tribunaux, se défendant contre les mêmes accusations.

Peut-être qu'un jour, l'outrage collectif des consommateurs suffira à faire de la collaboration avec un mec dégueulasse un handicap sérieux pour une star. Mais d'ici là, les sales types continueront d'être des sales types.

«Même si j'aime Beyoncé (je l'ADORE), je n'aurais pas acheté son album si j'avais su que ça rapporterait de l'argent à Terry Richardson», a écrit une fan sur Twitter. Mais combien d'entre nous boycotteraient réellement Beyoncé pour punir Terry Richardson? Pas assez pour que ça rentre dans les calculs de la chanteuse.

Amanda Hess

Traduit et adapté par Cécile Dehesdin

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte