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Pourquoi regarder des séries à la chaîne est devenu mainstream

 Aaron Paul et Bryan Cranston de «Breaking Bad».

Aaron Paul et Bryan Cranston de «Breaking Bad».

Une étude commandée par Netflix montre que le binge watching s'est répandu. C'est le signe du succès de toute une industrie culturelle.

Le «binge watching» n'est plus une pratique de niche. Cette habitude qui consiste à regarder plusieurs épisodes d'une série à la suite, voire une série entière d'affilée, a pendant un temps été réservée à quelques afficionados. Ceux qui attendaient qu'une série soit diffusée entièrement avant de regarder le moindre épisode, afin de l'avaler d'un seul coup. Ou ceux qui regardaient des séries déjà existantes et qu'ils rattrapaient en quelques heures. Voici venue l'ère du binge watching pour tous. 

C'est Netflix qui l'explique dans une étude publiée cette semaine. La plateforme vidéo affirme avoir trouvé un schéma récurrent que suivent les spectateurs de séries: «en général, environ la moitié des spectateurs étudiés finissent une saison (jusqu’à 22 épisodes) en une semaine», souligne le Wall Street Journal qui rapporte l’étude.

La moyenne est constante quels que soient les genres de séries étudiés. Pour un drame, 25% des spectateurs engloutissent une saison entière de treize épisodes en deux jours, 48% mettent environ une semaine. Les chiffres sont semblables pour une sitcom de vingt-deux épisodes. Surtout, ils sont semblables quelles que soient les tranches d’âge auxquelles les programmes s’adressent.

Validation de la stratégie Netflix

«Nos chiffres d’audience montrent que la majorité des gens qui regardent des séries en streaming préfèreraient en réalité avoir l’entière saison d’une série disponible afin de la regarder à leur propre rythme», a expliqué Ted Sarandos, chef des contenus chez Netflix. Netflix, dans un communiqué.

Evidemment, Netflix ne peut que se féliciter de ces données, qui vont dans le sens de leurs pratiques. La plateforme est la première à avoir, avec House of Cards, de David Fincher, qu’elle produisait, mis en ligne une série entière d’un seul coup. Et à avoir  ainsi fait le bonheur des binge watcheurs.

Un choix dont Kevin Spacey, héros de House of Cards, avait fait l’éloge il y a quelques mois: «Le succès du modèle de Netflix, qui a mis en ligne toute la première saison d'un coup, prouve une chose: le public veut avoir le contrôle, il veut la liberté», avait-il alors déclaré.

Une nouvelle norme sociale

Avant de devenir grand public, le «visionnage compulsif» a longtemps été perçu comme une pratique d’individus végétatifs affalés dans un canapé, la main droite dans le slip, la gauche dans le paquet de chips. Le nom même (en anglais binge évoque la goinfrerie; compulsif en français évoque cette même frénésie répréhensible) était connoté négativement. Tout simplement parce que la télévision était connotée négativement.

Si, comme le montre l’étude commandée par Netflix, les spectateurs ne culpabilisent plus vis-à-vis de cette pratique, que 75% d’entre eux ont des «sentiments positifs» à son égard, c’est parce qu’ils ont des series formidables à regarder. Ce n'était pas toujours le cas quand vous étiez petit et que vos parents vous enjoignaient d'aller faire un tour dehors plutôt que de passer votre journée à enchaîner Sunset Beach et Une Nounou d'Enfer

Le fait que le binge watching devienne mainstream et perde sa connotation négative n’est que le signe que désormais, 24H de télévision ne sont pas forcément moins bien considérées que 24H de lecture. Parce que  les deux dernières décennies ont montré la qualité de la television, et parce que le snobisme qui voulait que ce soit une forme de production culturelle inférieure s’évanouit. Le succès du binge watching n’est pas simplement un succès de Netflix. C’est le succès de toute une industrie culturelle enfin respectée.

Et le signe que peut-être bientôt les parents regarderont avec la même bienveillance les enfants qui regarderont Mad Men en 3 jours et ceux qui s’enfilent Les trois mousquetairesVingt ans après, et Le Vicomte de Bragelonne dans le même laps de temps.

C.P.

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