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Mort de Paul Walker de «Fast and Furious»: live fast, die young

Alexandre Hervaud, mis à jour le 02.12.2013 à 18 h 54

Aux côtés de Vin Diesel, l'acteur décédé à l'âge de 40 ans a joué dans une saga capable du pire comme du meilleur depuis 2001.

RIP Paul Walker - Crédit Universal

RIP Paul Walker - Crédit Universal

Le comédien américain Paul Walker, révélé par la saga de films d'action Fast & Furious (F&F), est mort ce samedi 30 novembre à l'âge de 40 ans, à Los Angeles. La triste ironie qu'aucun média n'oubliera de relever est bien entendu qu'il a perdu la vie dans un accident de voiture... dont il n'était que le passager.

Paul Walker alternait ces dernières années entre le tournage de films F&F -le 7ème, avec lui, est toujours en production actuellement- et des séries B plus modestes, souvent cantonnées au marché vidéo mais pas forcément indigentes pour autant. Il en est ainsi de Hours (film catastrophe situé en pleine tempête Katrina sur un jeune père chargé de veiller sur son bébé dans un hôpital dévasté) ou de Run Out sorti il y a quelques jours en France en vidéo (un thriller basé sur l'éternel concept du «mec tombé au mauvais endroit, au mauvais moment»).

En termes de carrière, Paul Walker était donc dans un entre-deux (grosses machines hollywoodiennes d'un côté, direct-to-video discrets de l'autre) qui n'ont pas empêché Clint Eastwood de caster le natif de Glendale, en Californie, pour son Mémoire de nos pères sorti en 2006. Ce n'est toutefois pas à sa participation à ce film de guerre que Walker doit sa notoriété, mais bien à son rôle du «flic-voyou-ex-flic-re-voyou-ad-lib» de Brian O'Conner dans la saga Fast & Furious.

Pour mémoire, la franchise F&F est basée sur un cocktail à base de courses de rue illégales, de voitures de sports vrombissantes, de braquages spectaculaires, d'amours interdits (enfin, rien de sale non plus), de courses poursuites sur tous les continents, de gros muscles, de gros nichons, le tout sur fond de morceaux electro-hip-hop-rnb aussi putassiers et efficaces que les images qu'ils illustrent.

Voici la bande annonce du dernier volet en date, le sixième, sorti en mai dernier et énorme carton au box-office mondial ayant cumulé près de 3 millions d'entrées en France:

 

Si vous espériez trouver ici un panégyrique opportuniste et tardif de la franchise lancée en 2001 par ce bras cassé de Rob Cohen (qui avait dirigé Paul Walker un an plus tôt dans The Skulls: société secrète), détrompez-vous. Néanmoins, si vous comptiez à l'inverse lire ici une descente en flamme sans pitié de la saga, encore raté: tout comme les James Bond -certes plus nombreux et à la longévité plus importante- les F&F ont offert en 12 ans d'existence le pire comme le meilleur, alternant régulièrement entre le (très) sympathique et le (foncièrement) indigent. Oui, c'est un peu une réponse de normand, mais difficile d'excuser les errances initiales de la saga ni de bouder son plaisir devant l'action dantesque et fun des derniers volets.

Difficile aussi de contredire le critique et blogueur américain Devin Faraci du site Badass Digest quand il s'agit de juger la saga film par film – votre serviteur partage en tout cas à 100% son opinion sur la série de films, notamment quand il écrit:

«La franchise me rappelle celle des Harry Potter, dans le sens où les derniers films sont indiscutablement les meilleurs, mais ils le sont devenus en évoluant et travaillant à partir de premiers films pas terribles».

Pour lui (et à nos yeux aussi), «vous pouvez directement découvrir la saga avec Fast Five, un des meilleurs films distribués en 2011». Oui, vous avez bien lu: «un des meilleurs films de 2011», pourtant l'année de Black Swan, The Artist et de L'Elève Ducobu.

Pas mal pour une franchise que d'aucuns pensaient réservée aux mâles bas de plafond et en nuque longue amateurs de tuning et de techno FM. Attention, il reste tout à fait légitime de moquer les invraisemblances et l'attachante stupidité du script, ce qu'ont fait brillamment les rigolos de Screen Junkies dans le «trailer honnête» du film que voici :

 

Fast Five marque l'arrivée au casting de la franchise du colosse Dwayne «The Rock» Johnson, ce qui permet au réalisateur Justin Lin (en poste sur les épisodes 3, 4, 5 et 6) de filmer d'homériques bastons entre ses personnages, tout en proposant un curieux choix narratif: les films de la saga ne se suivent pas de manière chronologique.

Rien de très «Memento» dedans non plus, mais la gestion des flashbacks est plutôt intéressante et rare dans ce type de blockbuster. Dans le cas précis des F&F, le troisième épisode situé à Tokyo est, chronologiquement, le dernier épisode en date, soit celui à partir duquel Fast & Furious 7 débutera.

L'alchimie entre Paul Walker (qui a joué dans tous les F&F à l'exception du troisième) et Vin Diesel (tous les F&F sauf le pire de tous, le deuxième) est pour beaucoup dans la réussite des deux derniers volets, même si elle fait certainement moins vendre de billets et de pop corn que les épiques crashs automobiles filmés sous tous les angles. Films choraux par excellence, les F&F ont réussi à maintenir l'intérêt de leurs fans en gérant leur casting via un système de guest stars plutôt JamesBondien, teasant par exemple de nouveaux arrivants (tel Jason Statham) par de courtes scènes post-générique à la Marvel, ou exhumant façon Expendables des revenants classieux à l'image du génial Kurt Russel, présent au casting du prochain film.

Reste désormais à savoir comment Fast & Furious 7 gérera cette disparition prématurée. Sur Twitter, son réalisateur James Wan (Saw, Insidious) se dit «effondré, incapable d'accepter cette nouvelle». D'autres réalisateurs ont par le passé connu des moments aussi délicats, de Ridley Scott avec Gladiator achevé sans Oliver Reed en passant par Christopher Nolan et Terry Gilliam, tous deux touchés par la disparition de Heath Ledger.

Incrustation numérique, ré-écriture, voire remplacement des comédiens sont les solutions potentielles d'usage – même si dans le cas de Paul Walker, on doute que Vin Diesel, fortement touché par sa disparition et producteur de la saga, autorise qui que ce soit à évoquer un remplacement pour le rôle de Brian O'Conner. Rendez-vous dans les salles françaises le 23 juillet 2014 -sauf si Universal décide de décaler la sortie- pour assister à un enterrement filmique à tombeau ouvert.

Alexandre Hervaud

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Journaliste
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