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Coïncidence ou plagiat: comment le Lolita de Nabokov a «inspiré» celui de Dorothy Parker

Laszlo Perelstein, mis à jour le 27.11.2013 à 14 h 16

Favorites.Porsche Brosseau via Flickr CC License by.

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En 1955, Vladimir Nabokov s’apprête à devenir l’auteur d’une œuvre controversée à l’époque: Lolita. L’écrivain russe a été naturalisé américain dix ans auparavant et certains de ses textes paraissent dans le New Yorker. Le magazine américain refuse toutefois de publier Lolita. Trois semaines avant que le roman ne sorte en France, le journal publiera pourtant une nouvelle de Dorothy Parker, écrivain star sur le déclin. Elle rappelle fortement celle de Nabokov, raconte Vulture, qui revient sur cet épisode de la vie de l’écrivain russe.

C’est dans le New Yorker du 27 août 1955 que la nouvelle en question de Dorothy Parker est publiée (elle est disponible en France dans le recueil Comme une valse). Certes, ici Lolita est âgée de 18 ans ou 19 ans et n’est pas très jolie, note Vulture, mais le caractère de sa mère, veuve toute en vivacité et recherche d’un mari, rappelle fortement celui de la mère de Dolorès Haze, la Lolita de Nabokov.

En outre, le style se distingue de celui qu’utilise habituellement Dorothy Parker, affirme Vulture, qui compare deux passages des nouvelles dans un photomontage.

Ayant essuyé refus après refus aux Etats-Unis à cause du caractère extrêmement polémique de son ouvrage, Nabokov écrit dans une lettre à un des éditeurs du New Yorker être «terriblement contrarié par la coïncidence» qui, il le sait, n'en est pas vraiment une.

L'histoire remonte vers la fin de l’année 1953, la femme de Vladimir Nabokov, Véra, contacte son éditrice au New Yorker, Katharine White pour l’avertir que son mari a fini d’écrire son prochain livre. Par un concours de circonstances, le manuscrit ne peut pas être remis immédiatement en main propre, chose à laquelle tient particulièrement Nabokov au vu du contenu de l’ouvrage. Sa femme s’explique dans une lettre aux White:

 «Le sujet est tel que V., en tant que professeur d’université, ne peut pas le publier sous son vrai nom… En conséquence, V. a décidé de publier le livre sous un faux nom. C’est de la plus haute importance pour lui que son anonymat soit respecté. Il vous fait confiance, bien sûr, et à Andy [E. B. White, son mari] pour garder le secret.»

Pendant que Katharine White attend toujours le manuscrit, Pascal Covici, éditeur chez Viking, le lit et écrit à Vladimir Nabokov que le publier «serait du suicide». Après plusieurs refus de publier, on suggère à Nabokov de faire publier son roman en France par un éditeur anglophone, il refuse, persuadé qu’il peut encore trouver une maison d’édition américaine.

Entre les auteurs désireux de lire le roman mais peu respectueux du secret imposé par Nabokov, leurs amis et les maisons d’éditions, le manuscrit se passe de mains en mains, dont sans doute celles de Dorothy Parker.

Par la suite, Katharine White écrit à Nabokov pour lui expliquer qu’il s’agit effectivement d’une pure coïncidence, rapporte Village Voice dans un article racontant comment Lolita est devenu un best-seller malgré une publication mal orchestrée. Nabokov n’y croit nullement mais laisse tomber peu à peu, le succès l’attend.

Laszlo Perelstein
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