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«Aucun animal n'a été maltraité»: ne vous fiez pas à cette mention à Hollywood

L.V. Anderson, mis à jour le 26.11.2013 à 10 h 54

La série Luck, HBO 2012, via Imdb

La série Luck, HBO 2012, via Imdb

The Hollywood Reporter (THR) a publié un long et bel article lundi 25 novembre intitulé «Des animaux ont été maltraités». Le journaliste de THR Gary Baum y présente des preuves implacables que l'American Humane Association (AHA), l'ONG chargée de surveiller le traitement des animaux dans les films et les productions télévisuelles, cache systématiquement les morts animales afin de préserver les relations amicales avec les puissants producteurs d'Hollywood.

Les morts de trois chevaux sur le tournage de la série de HBO Luck, qui était surveillée par l'AHA, sont bien connues (et ont sans doute contribué à l'annulation de Luck), mais les incidents horribles vont bien au-delà de Luck. Il y a le chien qui a été battu par son dresseur sur le plateau de Antartica, prisonniers du froid, le tamia qui s'est fait piétiner par son dresseur dans Playboy à saisir, et les dizaines de moutons et de chèvres morts sur le tournage de Le Hobbit: un voyage inattendu.

L'AHA, qui reçoit la majorité de son financement des groupes de l'industrie du cinéma, a excusé ces incidents et d'autres en disant qu'ils n'étaient pas intentionnels, ou qu'ils ne comptaient pas parce qu'ils se sont passés hors écran. La plupart des sources de Gary Baum sont anonymes, mais il y a quelques citations incroyablement mal avisées comme:

«Au cours d'une interview avec THR, Candy Spelling, membre du conseil d'administration national de l'AHA, défend les intentions de l'organisation avec le crédit de fin "Aucun animal n'a été maltraité". "Je pense que ce que les gens pensent [qu'il signifie] que quand un cheval meurt dans un film, il ne meurt pas vraiment", dit-elle. "Je pense que les gens pensent que [la surveillance de l'AHA] ne fonctionne que quand les caméras enregistrent."»

D'accord. Tout le monde se moque de si vous battez des animaux, leur marchez dessus ou les affamez tant qu'aucune caméra n'est allumée dans les parages. Si c'est la meilleure défense que l'AHA trouve, j'espère que le département de l'Agriculture (USDA), l'agence gouvernementale qui s'occupe habituellement de la protection des animaux, va commencer à envoyer des agents à Hollywood très, très vite. L'article de Gary Baum fait partie de ce type de journalisme d'intérêt public qui devrait entraîner des changements de politique, et ça vaut vraiment la peine de le lire en entier.

Mais si l'hypocrisie de l'AHA est répugnante, il y a une autre hypocrisie, encore plus grande, qui se joue. Comme l'avait souligné mon collègue Forrest Wickman après que la mort des chevaux de Luck avait été rendue publique, «qu'est-ce qui rend la souffrance des animaux dans le but de faire de la télévision bien pire que la souffrance des animaux dans le but de faire un steak ou des œufs brouillés?»

L'USDA est responsable de mettre en œuvre l'Animal Welfare Act, qui s'applique à «certains animaux élevés pour être vendus commercialement, utilisés pour la recherche, transportés commercialement ou exhibés au public» mais «exclut les animaux élevés pour la nourriture ou les fibres». Les animaux de ce dernier groupe sont généralement traités de manière bien pire que ceux des films d'Hollywood, et l'USDA ferme les yeux sur les conditions cauchemardesques des fermes industrielles.

D'accord, la juridiction de l'USDA reflète une croyance populaire: certains animaux (comme les chiens, les chevaux et les tamias) sont nos amis tandis que d'autres (comme les cochons, le bétail et les poulets) ne le sont pas. The Hollywood Reporter a révélé un scandale de grande ampleur. Peut-être qu'un jour les mauvais traitements faits au bétail seront aussi considérés comme un scandale. 

L. V. Anderson

Traduit par G.F.

L.V. Anderson
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