Culture / Culture

Les deux derniers «Tontons flingueurs»

Temps de lecture : 2 min

Lino Ventura et Claude Rich dans «Les Tontons flingueurs».
Lino Ventura et Claude Rich dans «Les Tontons flingueurs».

Ils ne sont plus que deux. Après la mort, vendredi 22 novembre, de Georges Lautner, dont les Tontons flingueurs allaient officiellement souffler ce mercredi leurs 50 bougies, on ne compte plus, comme le souligne notamment l’AFP, que deux «survivants» du casting principal.

L’aîné est Claude Rich (Antoine, celui qui «brise menu»), qui fêtera ses 85 ans l’an prochain —il était encore nommé l’an dernier pour le César du meilleur second rôle pour sa prestation drôlatique dans Cherchez Hortense de Pascal Bonitzer— et a salué un cinéaste «très chaleureux, très amical». Son cadet d'un an, c’est Venantino Venantini (Pascal, «présence apaisante»), qui a aussi rendu hommage à Lautner, depuis Rome. Tous les autres sont disparus, au fil des décennies.

Le premier a été un petit rôle: Charles Lavialle, le chauffeur de radio-taxi («Si la petite dame me voit, j'aurais le vilain rôle»), mort à 71 ans en 1965.

En 1974, c’était au tour de Francis Blanche, mort à seulement 52 ans d’une crise cardiaque. Maurice Pialat racontera par la suite avoir hésité à lui proposer, à peine quelques mois plus tôt, le rôle du père dans le funèbre La Gueule ouverte, avant de l’offrir à Hubert Deschamps.

Cinq ans plus tard, c’est un figurant marquant qui disparaît: Paul Meurisse, qui fut le «Monocle» de Lautner mais aussi, évidemment, le mari des Diaboliques de Clouzot ou l’inoubliable Luc Jardie de L’Armée des ombres de Melville. Il avait failli occuper le rôle de Ventura et on l'aperçoit brièvement vers la fin, dans le rôle d'un passant distingué.

Puis, dans la seconde moitié des années 1980, c’est l’hécatombe chez les Tontons: en cinq ans disparaissent successivement Pierre Bertin (alias Adolphe Amédée Delafoy, dit «le Président»), Paul Mercey (Henri, le patron du bowling), le compositeur Michel Magne (qui se suicide en 1984), le dialoguiste Michel Audiard, Marcel Bernier (le marin qui «fait des phrases»,) Robert «Your room is ready, Sir» Dalban, Lino Ventura et Bernard Blier. Le dernier participant de la scène de la cuisine, Jean Lefebvre, attendra lui 2004 pour tirer sa révérence.

En 1995 disparaissait ensuite, à seulement 52 ans, Sabine Sinjen, l'actrice allemande (c'était l'époque des coproductions franco-germano-italiennes) qui incarnait la jeune Patricia. A noter qu’elle est doublée dans le film par la comédienne et musicienne Valérie Lagrange, aperçue au cinéma chez Garrel ou Godard et qui jouait cette année dans Elle s'en va d'Emmanuelle Bercot.

Ont suivi, au fil des années, Horst Frank, («l'ami Fritz»), Mac Ronay (Bastien, «première gâchette»), Charles Régnier (Tomate, le patron du cercle de jeu), Dominique Davray («Madame Mado, je présume»), le producteur exécutif Alain Poiré et l’ancien catcheur Henri Cogan (qui avait cassé en 1950 la jambe de Lino Ventura lors d'un combat, anecdote que raconte en longueur le dernier numéro de la revue SoFilm). Ou encore des petits rôles parfois aperçus dans d'autres films de Lautner comme Yves Arcanel, Philippe Castelli ou Jean Luisi.

A noter que celui qui est mort le plus âgé est aussi celui qui, dans le film, meurt le premier: il s'agit de Jacques Dumesnil, alias «le Mexicain», dont ce fut un des derniers rôles au cinéma et qui est disparu à l'âge de 94 ans en 1998. On rappellera donc, en conclusion, ses sages paroles du début du film:

«Je suis revenu pour caner ici et pour me faire enterrer à Pantin avec mes vioques. Les Amériques, c'est chouette pour prendre du carbure, on peut y vivre aussi, à la rigueur, mais question de laisser ses os, y'a que la France.»

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

Newsletters

New York, années 1980, souvenirs d’une époque disparue

New York, années 1980, souvenirs d’une époque disparue

Regarder les photographies de New York prises par Robert Herman dans les années 1980, c’est un petit peu comme regarder un film. Une fois transportés vers une époque de New York de plus en plus aimée et mythifiée à mesure qu’on s’en éloigne, le...

Beyoncé et Britney Spears doivent beaucoup à Michael Jackson (pas le chanteur, le danseur)

Beyoncé et Britney Spears doivent beaucoup à Michael Jackson (pas le chanteur, le danseur)

Moonwalk, anti-gravity lean, balancé testiculaire… Michael Jackson maîtrisait certes des «steps» hors de portée du commun des mortels, mais il a surtout introduit une certaine idée du métissage chorégraphique sur les dance floors.

Voici ce que vous auriez pu faire des 16.000 ans que vous avez passé à regarder «Gangnam Style»

Voici ce que vous auriez pu faire des 16.000 ans que vous avez passé à regarder «Gangnam Style»

Le clip de Gangnam Style, le tube du sud-coréen Psy, a dépassé la barre des 2 milliards de vues sur Youtube cette semaine. Depuis le 12 juillet 2012, date de mise en ligne de la vidéo sur YouTube, nous aurions ainsi passé plus de 140 millions d...

Newsletters