Culture / Économie

Droits d'auteur: les sites de paroles de chanson illégaux, nouvelle croisade aux Etats-Unis

Temps de lecture : 2 min

David Lowery, avec le groupe Camper Van Beethoven. Birkinbine via FlickrCC License by

Vous n’osez peut-être pas l’avouer, mais quand vous ne comprenez pas les paroles de votre musique préférée, parce qu’elle est en anglais ou pour d'autres raisons, vous allez sûrement sur un site de paroles de chanson.

Pas la peine de vous cacher, on est tous pareils.

Aux Etats-Unis, la légalité de certains de ces sites est remise en cause par la National Music Publishers (NMPA), qui, d’après les recherches de David Lowery, auteur-compositeur-interprète des Camper Van Beethoven et des Cracker et chercheur à l’université de Géorgie, estime dans un communiqué daté du 11 novembre, que:

«Ces sites de paroles profitent d’un revenu généré par la publicité, sans que les paroliers, dont les chansons sont disponibles sur ces sites sans qualification, ne reçoivent de compensation.»

D’après la NMPA, il y a 5 millions de recherches pour le mot «lyrics» (paroles) chaque jour sur Google, et la moitié des pages consultées à travers le monde appartiennent à des sites illégaux.

David Israelite, le PDG de la NMPA, précise que cette étude ne constitue pas «une campagne contre les blogs personnels, les sites de fans ou les nombreux sites qui proposent des paroles de musique légalement». Non, Lowery ne cible que 50 sites, qui sont selon lui dans l’illégalité et qui «affectent de manière significative la capacité des auteurs-compositeurs à gagner leur vie».

Un point sur lequel John Darnielle, le musicien du groupe américain the Mountain Goats revient sur son blog pour le contester:

«Je ne vois pas très bien comment, dans les faits, ces sites ”affectent de manière significative [ma] capacité à gagner ma vie”, vraiment. La plupart d’entre eux sont juste des sites ridiculement mauvais, où on n'est pas très fier de voir que les mots pour lesquels on a travaillé dur, se retrouvent dans un décor laid, rempli de publicités.»

En effet explique Flavorwire, ce ne sont pas tant les artistes qui pâtissent de ces sites de paroles, mais bien ceux qui publient les musiques parce que «les artistes ne possèdent pas leur propre musique». Les droits appartiennent aux sociétés de production, et non aux chanteurs, résultat:

«Cela signifie qu’il y a une divergence entre les intérêts des artistes et les intérêts des corps d’industrie qui existent soi-disant pour les protéger.»

Une explication qui fait alors résonner de façon tout à fait différente la déclaration de David Israelite, PDG de la NMPA:

«Ces sites de paroles de chanson ont ignoré la loi et profité des créations des auteurs, et le NMPA n’autorisera pas que ça continue.»

L’un de ses fondateurs de RapGenius, tête de liste des sites référencés par NMPA, Ilan Zechory, a envoyé une lettre au New York Times pour expliquer en quoi son fonctionnement collaboratif le faisait différer des autres.

«Les sites listés par la NMPA ne font que montrer des paroles, alors que RapGenius dispose d’un système d’annotations participatif qui permet de donner du contexte pour chaque chanson, ligne après ligne, ainsi que des dizaines de milliers de commentaires vérifiés, provenant directement des auteurs et des chanteurs.»

Pas sûr pour autant que ça parvienne à adoucir les propos de la NMPA, dont ce n’est pas la première bataille. Rolling Stone rappelle notamment son rôle dans l’accord trouvé avec le site YouTube en 2007 pour rémunérer les auteurs-compositeurs. Avec les sites de paroles de chanson, la NMPA n’en est pas non plus à son coup d’essai. L’association a déjà poursuivi deux d’entre eux en justice et reçu 7 millions de dollars (un peu plus de 5 millions d'euros).

Maïlys Masimbert

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