Combien de sangliers et de «Par Toutatis» dans les 33 Astérix et Obélix?

«Astérix chez les Pictes» de Jean-Yves Ferri, Didier Conrad et Albert Uderzo (Editions Albert René)

«Astérix chez les Pictes» de Jean-Yves Ferri, Didier Conrad et Albert Uderzo (Editions Albert René)

A l'occasion de la sortie de «Astérix chez les Pictes», la rédaction de Slate s'est replongée dans l'ensemble des aventures des Gaulois pour en extraire des statistiques essentielles.

Dites 33! Avec Astérix chez les Pictes, c'est désormais le nombre d'aventures que compte la saga des plus célèbres des Gaulois[1]. Malgré l'absence d'Albert Uderzo, qui a laissé la main à Jean-Yves Ferri (scénario) et Didier Conrad (dessin), l'album s'est vendu à 330.000 exemplaires en moins d'une semaine.

Chez Slate, on a décidé d'en profiter pour replonger en enfance et relire toutes les aventures d’Astérix et Obélix depuis Astérix le Gaulois (1961) afin d'essayer d'en tirer des données. Une idée qui n'est pas totalement nouvelle, puisque Goscinny et Uderzo sont déjà passés par là avec la couverture d’Astérix et Cléopâtre (1965).

 

Voir la couverture en entier. Image Les Editions Albert René/Goscinny-Uderzo.

La revue trimestrielle M@ppemonde a quant à elle calculé le temps nécessaire pour faire le tour de Gaule en 50 av. J.-C. (il faut 80 jours, mais lisez l’article!).

Portrait-robot d'une aventure

En nous focalisant sur quelques données précises, nous avons dressé un portrait-robot d’une aventure d’Astérix et Obélix.

Celle-ci se passe généralement en Gaule (seuls 39% des tomes ont une intrigue à l'étranger) avec une couverture qui met en scène les deux Gaulois ainsi qu’un (ou plusieurs) autre(s) des personnages principaux de l’histoire. Neuf sangliers font leur apparition au cours de l’aventure (avec de grandes chances de finir rôtis) et quatorze Romains se font projeter en l’air par Astérix, qui boit 1,6 gourde de potion magique. Contrairement à nos souvenirs, personne ne rappelle à Obélix qu'il est tombé dedans quand il était petit (c'est le cas dans 61% des aventures).

Toutatis est invoqué par trois fois devant la folie des évènements (mais surtout celle des Romains). Enfin, l’aventure se conclut autour d’un banquet auquel, généralement, ni les femmes du village (présentes dans 24% des festins), ni le barde Assurancetourix (présent dans seulement 39%) ne participent.

Le village gaulois préfère jurer par Toutatis que par Bélénos

Niveau dieux, dans le seul village résistant à l’envahisseur, on manifeste une préférence logique pour Toutatis (Teutatès), dieu celte protecteur d’une communauté et de son territoire. D’autant plus que celui-ci est associé à une image guerrière, en faisant un peu l’équivalent de Mars chez les Romains.

Il est en tout cas invoqué pas moins de 91 fois au cours des aventures d’Astérix et Obélix, plus de trois fois plus que le pauvre Bélénos, dieu de la santé et du soleil, sorte d’Apollon local. Dans la mythologie grecque, Apollon est d’ailleurs souvent représenté avec une lyre, comme Assurancetourix, le barde mal-aimé. De là à en tirer des conclusions hâtives…

Et c’est qui le fou maintenant?

Après leur aventure chez les Goths, Astérix et Obélix se rendent bien compte que quelque chose cloche. C’est en allant à Rome pour libérer Assurancetourix (dans Astérix gladiateur, sorti 1964) que les deux compères réalisent pour la première fois qu’«ils sont fous ces Romains».

Si le constat est sans appel (la phrase est prononcée vingt fois dans la série), c’est pourtant le village gaulois qui hérite du surnom de «village des fous». Une réputation internationale puisque même l’Inde semble être au courant (le fakir Kiçàh, dans Astérix chez Rahàzade en 1987, vient jusqu'au «village des fous et de la voix qui fait tomber la pluie» pour leur demander de l'aide). D’Astérix à Tex Avery, il n’y a finalement qu’un pas.

Astérix aime sa Gauloise anonyme et dans la cuisine

Même en prenant en compte les petites filles, on dénombre à peine 448 apparitions de personnages féminins (un même personnage pouvant apparaître plusieurs fois par tome) soit un peu plus de 13 par aventure. Au total, elles représentent moins de 10% des personnages, d'après Juliette Spitz, auteur d'un mémoire sur les femmes dans la bande-dessinée.

Une présence visuelle aussi faible trouve facilement son explication: selon les auteurs, les Gauloises préfèrent cuisiner et faire le ménage. «Ça c’est étrange! J’ai tout à coup l’impression que cette histoire manque d’hommes…», s’étonne Bonemine après le départ de tous les Gaulois pour la Grèce dans Astérix aux Jeux olympiques (1968). Et la femme du chef du village de s’exclamer ensuite:

«Eh bien, on en profitera pour nettoyer et mettre un peu d’ordre en attendant que ces braillards reviennent!»

Bonemine ne participe que très rarement aux combats: il faut attendre Le devin (1972) pour la voir prendre de la potion magique, soit huit tomes après sa première apparition. Pareil pour le banquet final: elle participe à son premier banquet dans Le cadeau de César (1974), mais cela ne la pousse à se révolter que dans le faussement féministe La rose et le glaive (1991).

Contrairement à la femme du chef du village, toutes les Gauloises ne bénéficient pas d’un nom. Sur les 33 membres du village clairement nommés (et pas seulement dessinés, donc), seulement cinq sont de sexe féminin. Et encore, Falbala, qui habite à Condate (Rennes) avec son époux Tragicomix, ne fait que de brèves apparitions.

Les femmes d’Agecanonix et de Cétautomatix, quant à elles, n’ont même pas de nom malgré de nombreuses apparitions. Même Agecanonix appelle sa femme Madame Agecanonix! Au moins, on ne pourra pas lui reprocher d’être trop familier.

Les Gaulois radotent-ils vraiment?

Avant de relire toutes les aventures d’Astérix, l’équipe de Slate était persuadée que les habitants du village gaulois avaient quelques phrases fétiches qu’ils ressortaient plusieurs fois par tome. Après tout, ce n’est pas pour rien que tout le monde sait qu’Obélix est tombé dans la potion quand il était petit, que les Gaulois ont peur que le ciel ne leur tombe sur la tête ou que le surnom de Bonemine, la femme d’Abraracourcix, est Mimine.

Il faut pourtant attendre la venue de Tullius Detritus dans La zizanie (la quinzième aventure d'Astérix, publiée en 1970) pour que Cochonnet —le surnom du chef au début de leur relation— daigne appeler sa femme par son petit nom.

C’est à croire qu’elle déteste l’entendre au moins autant qu’Obélix n’aime pas qu’on lui rappelle qu’il est tombé dans la marmite de potion magique quand il était petit. La remarque n’est pourtant prononcée que 22 fois (et Obélix lui-même s'y met!). Au vue de sa mésaventure dans La galère d'Obélix (sorti en 1996, et dans lequel le Gaulois est transformé en pierre après avoir bu une marmite de potion), il aurait certainement fallu l’avertir d’avantage. Pour sa défense, cela faisait deux tomes que personne ne le lui avait signalé.

Sangliers contre Romains, qui prend le plus de baffes?

Que serait un tome d’Astérix et Obélix sans son lot de Romains qui volent? Pas grand-chose à vrai dire tant les histoires semblent tourner autour des légionnaires. Hormis dans La grande traversée(paru en 1975, cet album se déroule en Amérique du Nord), chaque aventure connaît au moins un Romain volant (certainement plus craint que le Hollandais volant au vue de la réputation des pirates, dont quatorze navires ont été coulés), parfois nettement plus.

C’est assez pour que 473 légionnaires (ou gradés) aient pris leur envol! Les 304 sangliers qui ont fait leur apparition au cours des aventures des Gaulois pourraient presque s’estimer heureux... s'ils n'avaient pas finis engloutis lors des multiples banquets.

Laszlo Perelstein, avec Anaïs Bordages, Jean-Laurent Cassely, Cécile Dehesdin, Grégoire Fleurot, Johan Hufnagel, Maïlys Masimbert et Caroline Piquet

[1] 35 avec Astérix et la rentrée gauloise (1993) et L’anniversaire d’Astérix et Obélix (2009), qui ne sont pas des aventures à proprement parler. Revenir à l'article

Article actualisé le mardi 5 novembre à 18h30: la première version attribuait de manière erronée le scénario du nouvel Astérix à Didier Conrad et le dessin à Jean-Yves Ferri, alors que c'est l'inverse.