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Comment le New York Times a réhabilité Gérard de Villiers et SAS

Temps de lecture : 2 min

Montage de trois couvertures de SAS, de Gérard de Villiers.
Montage de trois couvertures de SAS, de Gérard de Villiers.

Gérard de Villiers, l’auteur de SAS décédé jeudi à l’âge de 83 ans, faisait rarement la une de la presse française. Malgré son immense succès populaire, l’auteur de 200 SAS sentait le souffre. Trop réac, trop antisémite, trop sexiste, et surtout pas assez bon écrivain pour qu’on lui passe son côté obscur. Peu importe que le réalisateur de Shoah Claude Lanzmann soit son ami, comme le rappellait Le Monde Magazine en août. Peu importe que les intellos français aient lu des SAS. Ils ne l’avoueront jamais. Il aura sans doute fallu attendre que le New York Times -et Hubert Védrine, l’ancien ministre socialistes des affaires étrangères- lui rendent hommage pour que Villiers soit «réhabilité».

A cette occasion, de nombreux lecteurs français découvriront, de façon assez détaillée, que le père de Malko Linge, qu’on a souvent présenté comme barbouze, possèdait une sacrée connaissance des milieux des renseignements, en France comme à l’étranger. Le New York Times, dans un long portrait publié au début de l'année, s’était amusé à chercher «les prophéties» -l’assassinat de Sadate un mois avant sa mort, une attaque d’un centre de commandement à Damas par la rébellion avant qu’il n’arrive en vrai- cachées dans certains SAS, ces étranges livres hybrides, à la fois «romans de gare qui se vendent comme des petits pains et boîtes à lettres pour les agences du monde entier».

En enquêtant sur de Villiers, le quotidien américain a appris que les espions et les diplomates s’amusaient à retrouver les secrets qu’ils glissaient à l’auteur dans les livres, avec évidemment leurs noms soigneusement modifiés. Quand de Villiers décrit quelqu’un dans le milieu du renseignement, tout le monde savaitt de qui il parle, racontait l’un d’entre eux.

Son aura était telle qu’il obtenait de vrais morceaux d’informations, ou de contre informations, qu’on ne trouvait nulle part ailleurs. Les agents rencontrés par le New York Times le confesse: «Il faut admettre que ses informations sont bonnes. Et en fait, il s’est même amélioré dans ses derniers romans.»

Même les services étrangers ont eu des relations avec Gérard de Villiers. Notamment les services russes. Alla Shevelkina, une journaliste qui a travaillé comme fixeur lors de ses voyages russes, assure «qu’il obtient des entretiens que personne ne réussit à avoir. Les gens qui ne parlent pas lui parlent.» Et aux Etats-Unis aussi, où un membre des services américains dit «recommander aux analystes de lire ses livres parce qu’il y a beaucoup de vrais infos dedans. Il est à l’écoute de tous les services et il connaît tous les agents.»

Son 201e SAS devait s’intéresser à l’attentat de Lockerbie. Tout le monde a tenu Kaddhafi pour responsable, mais Malko Linge était sur une toute autre piste. Ce seraient les Iraniens, les vrais commanditaires de la destruction de l’avion en 1988, qui auraient persuadé le dictateur libyen de revendiquer l’acte terroriste. Thèse conspirationniste connue, mais qui, à en croire le New York Times, n’est pas totalement farfelue…

De nombreux journaux ont parlé de ce portrait, et continuent de le faire dans les nécrologies qu'ils consacrent à de Villiers. Peu importe que Libération ait déja dévoilé les relations de l'auteur avec les services français, il y a six ans, SAS n'aura finalement été pris au sérieux et reconnu que six mois avant son décès. Une couverture qui aura tenu presque jusqu'à la fin de sa vie. Assez réussi pour un espion...

JH

Slate.fr

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