CultureCulture

Pourquoi le héros de «Gravity» s'appelle Kowalski, comme un personnage joué par Brando et Eastwood

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 29.10.2013 à 18 h 16

George Clooney dans «Gravity».

George Clooney dans «Gravity».

Si vous avez vu Gravity d'Alfonso Cuarón, sorti en France mercredi 23 octobre, le nom de l'astronaute charmeur et courageux interprété par George Clooney vous a peut-être tinté à l'oreille: Matt Kowalski. Kowalski (Stanley), c'est en effet aussi le nom du personnage interprété par Marlon Brando dans Un tramway nommé Désir, pièce écrite en 1947 par Tennessee Williams, montée au théâtre puis adaptée à l'écran quatre ans plus tard par Elia Kazan.

Kowalski (tout court), c'est aussi le nom du héros de Vanishing Point (Point limite zéro), réalisé en 1971 par Richard C. Sarafian, qui vient de mourir il y a quelques semaines.

Kowalski (Walt), enfin, c'est le nom du héros de Gran Torino, de et avec Clint Eastwood, sorti en 2008. On s'arrêtera là provisoirement, mais il existe de nombreux autres exemples et cette récurrence du nom a fini par interpeller, puisqu'on trouve des discussions sur des forums à ce sujet.

Première explication: c'est un nom très courant. Du moins, en Pologne (où il est l'équivalent de Smith), sachant que les personnes d'origines polonaises représentent un peu plus de 3% de la population américaine. Cependant, on ne trouve pas le nom dans la liste des 1.000 noms de famille les plus portés en Etats-Unis.

Deuxième explication: c'est fait exprès par les réalisateurs. Là, on entre parfois, pour ce qui concerne certains films, dans le domaine de l'hypothèse.

Un tramway nommé Désir et Vanishing Point? Deux ouvrages sur le road-movie et la culture automobile au cinéma estiment que la récurrence du nom Kowalski constitue «peut-être» un hommage au rôle de Brando.

Un tramway nommé Désir, Vanishing Point et Gran Torino? A notre connaissance, Clint Eastwood ne s'est pas exprimé sur le sujet, même si des critiques ou cinéphiles ont fait le rapprochement entre ces différents films, à l'image d'Emmanuel Poncet, qui écrivait dans Libération:

«Les noms des héros du film d’Eastwood ont été très soigneusement puisés dans le paradis perdu de la car culture américaine, aujourd’hui en faillite. Ainsi Kowalski était non seulement le nom de Marlon Brando dans le célèbre Un tramway nommé Désir (Elia Kazan, 1951). Mais surtout celui du héros Vanishing Point (en français Point limite zéro de Richard C. Sarafian, 1971) [...]. Avec Kowalski, les scénaristes jouent en tout cas avec une sorte de "nom-du-père" du road movie américain. Un esprit anarcho-réac typique du héros solitaire américain, lancé "sur la route", épris de liberté et de grands espaces.»

Quant à Vanishing Point et Gravity, en revanche, on dispose d'éléments plus solides: Alfonso Cuarón a cité le film en interview comme une de ses références principales, aux côtés de Duel de Spielberg ou Le Point de non-retour de John Boorman. «Kowalski est aussi dans mon film», expliquait-il ainsi récemment au micro de l'émission On aura tout vu de France Inter.

Troisième hypothèse, si on part du principe que la récurrence de ce nom ne reflète totalement ni une réalité sociologique de la population ni une intention objective et assumée des scénaristes ou réalisateurs: il est devenu une sorte de fétiche de la pop culture américaine, flottant plus ou moins inconsciemment dans l'esprit des cinéastes avant de venir se poser dans leurs scénarios, ou dans la mémoire des spectateurs avant d'être réactivé par la réapparition d'un autre Kowalski. Une façon, en voyant Gravity, de penser à Brando, au road-movie seventies sur fond de grands espaces et au vétéran Eastwood, soit du mythe américain à la pelle.

Et puis, Kowalski, ça sonne bien, ça claque sous la langue: Ko-wal-ski. «Name: Kowalski», attaquait d'ailleurs d'emblée la bande-annonce de Vanishing Point. Un nom de famille comme un titre d'album ou de single, tel celui de Primal Scream rendant hommage il y a quinze ans au film de Sarafian et au «dernier héros américain, pour qui la vitesse signifiait la liberté de l'âme».

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte