Santé / Culture

Lou Reed ou le triomphe d'une certaine médecine

Temps de lecture : 2 min

Ce drogué était revenu des enfers de l’aiguille et de l’alcool. Puis il avait été greffé et un temps sauvé.

Le Avon 7, un cinéma de la 7e avenue à New York, transformée plus tard en résidence. Photo non datée, non signée.
Le Avon 7, un cinéma de la 7e avenue à New York, transformée plus tard en résidence. Photo non datée, non signée.

C’était le 1er juin dernier. Sur sa page Facebook, Lou Reed, 71 ans, affirmait être un «triomphe de la médecine moderne, de la physique et de la chimie»:

«Je suis plus grand, plus fort que jamais. Ma pratique du tai chi et mon régime m'ont été d'un grand secours pendant toutes ces années, grâce au maître Ren Guangyi. J'ai hâte de remonter sur scène, d'écrire de nouvelles chansons pour communiquer avec vous dans le futur.»

Son futur aura duré un peu moins de cinq mois.

Le monde entier savait que l’enfant de Brooklyn avait longtemps voyagé avec les drogues. Les plus dures pour commencer; il jouissait du mauvais côté. Il l’avait chanté. Puis les alcools. «J'ai essayé de me débarrasser de la drogue en buvant, avait-il écrit en 1992. Mais ça n'a pas marché.» Puis les progrès souterrains de l’hépatite, l’effondrement des fonctions hépatiques, la mort à portée de main. Et enfin la physique, la chimie, la médecine et la chirurgie salvatrices.

La greffe se fit à la célébrissime Mayo Clinic, et non à New York où les hôpitaux ne sont guère performants. La Mayo Clinic ou le triomphe de la médecine. «Ils ont les meilleurs résultats pour le cœur, le foie et les transplantations rénales», confiait en juin sa femme, l’artiste Laurie Anderson. La Mayo Clinic ou le Triomphe inversé de Knock (90 ans dans quelques semaines).

Le temps passant, il était devenu un paradoxe vivant. C’était aussi un dossier hors du commun, le reflet des errances et des performances de la médecine moderne. Méchamment électrochoqué dans l’enfance (sur prescription psychiatrique: l’homosexualité était alors une maladie mentale), il avait aussi longtemps pris toutes sortes de médicaments. Et s’en était expliqué. Il en prenait parce que, au XXe siècle et dans les villes, on ne pouvait pas ne pas en prendre si on voulait se tenir debout; debout comme l’homme l’est depuis les cavernes. Le temps passant la plupart de ses amis proches étaient morts du sida. Ou du cancer.

Drogué à la blanche, alcoolique puis métamorphosé par l’amour, le régime et le sport de combat Lou Reed fit et fera durablement rêver. Comme toutes celles et ceux qui reprennent la torche des poètes maudits allumée au XIXe par les Romantiques parisiens.

Il est des pages de Facebook qui valent des épitaphes. Il en reste d’autres, bien dérangeantes, que la médecine peine durablement à écrire. Les addictions massives et mortifères sont-elles indispensables à la création artistique? Où certains drogués trouvent-ils, envers et contre tout, les moyens d’atteindre des espérances de vie somme toute assez raisonnables?

J.Y-N.

Jean-Yves Nau Journaliste

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