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Pourquoi les adolescents américains doivent pouvoir voir «La Vie d'Adèle»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 28.10.2013 à 0 h 47

Adèle Exarchopoulos dans «La Vie d'Adèle».

Adèle Exarchopoulos dans «La Vie d'Adèle».

Palme d'or à Cannes, La Vie d'Adèle d'Abdellatif Kechiche est sorti dans plusieurs villes aux Etats-Unis, vendredi 25 octobre, sous le titre Blue Is The Warmest Color, gardé du roman graphique de Julie Maroh. Et il a déclenché un intéressant débat sur la maturité nécessaire à son spectateur.

En France, le film est interdit aux moins de 12 ans. Aux Etats-Unis, il est classé NC-17, ce qui signifie que l'entrée est normalement interdite aux moins de 17 ans (soit à peu près l'âge d'Adèle au début du film, puisqu'elle prépare son bac de français).

Mais cette classification ne constitue qu'une recommandation sans force légale, et l'IFC Center, un cinéma de New York, a décidé de se montrer plus libéral (et offre par ailleurs l'entrée à tout habitant de l'Idaho qui se présenterait, le film étant carrément interdit dans cet Etat):

«Nous avons le sentiment que le film constitue un spectacle approprié pour les adolescents mûrs. En conséquence, le cinéma autorisera l'entrée aux lycéens à sa discrétion.»

Critique au New York Times, A.O. Scott explique que sa fille de 14 ans a vu le film deux fois:

«D'une certaine façon, à cause de son ton et de son sujet, La Vie d'Adèle est un film qui peut être encore plus apprécié par quelqu'un situé en-dessous de la limite des 17 ans. C'est un film, après tout, sur une étudiante qui se confronte à des problèmes (la pression du groupe, le premier amour, le travail scolaire, les projets d'après-diplôme) qui seront familiers aux adolescents et peut-être plus exotiques pour les gens d'âge mûr.»

Avant de conclure à propos de la France, et pour moitié en français dans le texte:

«Autre pays, autre moeurs, mais je crois qu'ils ont raison sur ce coup-ci.»

Nos confrères de Slate.com partagent son avis en estimant que le cinéma IFC a voulu adresser un message implicite aux jeunes LGBT:

«La commission de classification a la réputation d'appliquer des recommandations plus restrictives aux films qui contiennent du sexe gay que du sexe hétéro. […] La prise de position de Vanco [le propriétaire de l'IFC, ndlr] constitue un message évident autorisant la jeunesse LGBT, en particulier, à pouvoir s'attacher à une description puissante de l'amour entre personnes de même sexe.»

Time, de son côté, estime que La Vie d'Adèle, avec ses trois heures et son «vrai mérite artistique», devrait avoir un hypothétique public adolescent reposant sur «un type spécial de spectateur, peut-être particulièrement bien disposé à en tirer le maximum».

Salon, enfin, va dans la même direction:

«Les adolescents ont accès à du sexe beaucoup plus hard que celui dépeint dans La Vie d'Adèle depuis qu'ils ont un ordinateur dans leur chambre. […] Le seul effet de la recommandation NC-17 est de stigmatiser des choses que beaucoup de gens ont déjà vu, mais sans doute jamais dépeintes si artistiquement ou dans le contexte d'une belle histoire humaniste.»

A noter qu'en France, Gauthier Jurgensen, membre de la commission du CNC, a récemment expliqué à France TV Info que le fait d'interdire le film aux moins de 12 ans, et non moins de 16, n'avait pas de visée pédagogique:

«L'idée qu'un film soit prisé d'un public, et notamment d'une catégorie d'âge donnée, n'entre pas en compte. Ni pour des raisons économiques, ni pédagogiques.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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