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Un écrivain «sérieux» peut-il être riche?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 28.10.2013 à 11 h 23

Jonathan Franzen en Colombie le 28 janvier 2012. REUTERS/Joaquin Sarmiento

Jonathan Franzen en Colombie le 28 janvier 2012. REUTERS/Joaquin Sarmiento

Comment un écrivain subsiste-t-il à ses besoins? Quel rapport entretient-il avec l'argent, les avances faites sur ses livres, les revenus erratiques dépendant d'un best-seller ou d'un échec? C'est le thème qu'explorera le nouveau magazine américain Scratch, au fil de ses numéros. Le premier comprend un passionnant entretien avec le romancier Jonathan Franzen, auteur des Corrections, de Freedom, et qui vient de sortir aux Etats-Unis, Le Kraus Project, traduction annotée du satiriste viennois Karl Kraus.

Franzen, connu pour ses vives critiques au sujet des temps modernes, explique la façon dont le monde de l'édition a évolué, dont les avances faites aux jeunes auteurs sont moins nombreuses et bien plus conséquentes. Mais surtout, il explique le rapport qui doit être, selon lui, celui d'un auteur à l'argent.

«Je n'ai jamais écrit pour l'argent», explique-t-il. «Mon ambition, dès 1982, a été d'écrire des romans qui seraient acclamés par la critique, et après en avoir publié quelques uns, je me suis dit que je ne pourrais peut-être pas en vivre mais que je pourrais obtenir un poste de professeur avec une charge de travail assez mince, dans une bonne école. L'argent n'a en fait jamais eu d'importance que comme signe de célébrité, de reconnaissance. (...)

Je pense qu'un vrai romancier qui gagne de l'argent est comme un poisson en costume de tweed. Flannery O’Connor parle de l'intérêt pour un auteur de fiction de connaître “une pauvreté inhérente à l'humanité”. Perdre ce lien avec la pauvreté se fait à vos propres dépens. Edith Wharton est l'une des rares vraies romancières à avoir eu pas mal d'argent. Peu de livres sérieux se retrouvent en haut des ventes».

Et pour découvrir si un livre est sérieux: «lisez les cinq premières pages. Comptez les clichés. Si vous en trouvez un, le signal bipe: ce n'est pas un roman sérieux. Un romancier sérieux remarque les clichés et les élimine.»

De fait, dans le classement Forbes 2013 des écrivains les mieux payés en 2012, on comptait notamment les auteurs de Twilight, Hunger Games ou du Da Vinci Code. En France, la logique est la même. Si de rares grands auteurs, comme Marie Ndiaye (Trois femmes puissantes, Goncourt 2009, s'est vendu depuis à 750 000 exemplaires!) sont parfois en haut des ventes, ce sont les Marc Lévy (dont Les Echos évaluaient le chiffre d'affaires global à 80,6 millions d'euros en 2008) qui occupent les premières places. Prenez l'un de ses derniers romans: Un sentiment plus fort que la peur*. Appliquez la méthode Franzen. On compte, indépendamment du titre, une bonne dizaine de clichés sur les cinq premières pages.

CP

* Mise à jourdu 28/10/2013. Une première version de l'article donnait un titre erroné au roman de Marc Lévy (Un sentiment plus fort que la mort). Il s'agit en fait d'Un sentiment plus fort que la peur.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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