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Un automne avec Chris Marker

Jean-Michel Frodon, mis à jour le 15.10.2013 à 16 h 50

Chris Marker était écrivain, combattant, voyageur, cinéaste, photographe, activiste, geek artiste, compositeur, vidéaste. Lui rendre hommage suppose donc une multitude de manifestations.

Guillaume en Egypte, avatar de Chris Marker via Wikimedia Commons

Guillaume en Egypte, avatar de Chris Marker via Wikimedia Commons

Le 16 octobre ouvre au Centre Pompidou un considérable ensemble de manifestations autour de Chris Marker. Sous l’intitulé «Planète Marker», clin d’œil au nom de la collection «Petite Planète» qu’il avait créé au Seuil au début des années 1950, projections, exposition, éditions, conférences et débats proposeront un aperçu de cet univers en expansion que n’aura cessé d’être l’œuvre de l’écrivain, combattant, voyageur, cinéaste, photographe, activiste, geek artiste, compositeur, vidéaste, mort le jour de ses 91 ans –le 29 juillet 2012.

Le Centre Pompidou, qui eut un long compagnonnage loin d’être toujours serein avec Marker depuis son installation Zapping Zone dans le cadre de l’exposition «Passage de l’image» en 1990 et la production du CD-Rom interactif Immemory, avait refusé à Marker de son vivant ce qu’il lui offre aujourd’hui.

Cette proposition a le mérite de tenter de prendre en compte une double approche. Il s’agit d’aborder l’ampleur et la complexité de ce qu’a accompli celui que Raymond Bellour appelle «un homme-siècle», celui que son complice Alain Resnais comparait à Leonard de Vinci. Le Centre Pompidou donnera donc accès à la plus grande collection de «productions markeriennes» jamais réunies, productions d’une extrême hétérogénéité et d’une extraordinaire cohérence.

Mais il s’agit aussi d’évaluer comment et combien le travail de Chris Marker aura influencé d’autre artistes, d’autres penseurs, d’autres citoyens. Tâche infinie et nécessaire, pour donner à percevoir combien auront aussi été efficaces les inventions formelles de La Jetée, les constructions politiques des Groupes Medvedkine, la lucidité bouleversante du Fond de l’air est rouge, la vision prémonitoire de Sans soleil, l’exigence éthique et l’intelligence historique du 20 heures dans les camps, la quête poétique et aventureuse des Hollow Men ou de l’Ouvroir sur Second Life, jalons d’une recherche sans trêve ni faiblesse.

La conception de «Planète Marker» présente ainsi pas moins de 12 axes de traversée différents, qui multiplient les échos et les suggestions.

En outre, le 23 octobre verra la sortie en salles d’un ensemble très important avec les deux titres les plus célèbres, La Jetée (1962) et Sans soleil (1982), et le long métrage expérimental Level Five (1997) qui emprunte la navette spéciale d’un jeu vidéo imaginaire pour plonger dans les circonvolutions de la mémoire politique et technologique du XXe siècle. Mais aussi un croquis filmé sur une plage californienne, Junkopia (1981), et un des meilleurs témoins d’une des autres activités importantes de Chris Marker, sa contribution à des films amis, ici Vive la baleine de Mario Ruspoli, connu comme le plus beau film du monde.

Cet ensemble comprend encore des réalisations passionnantes et devenues invisibles du fait même de Marker, Dimanche à Pékin (1956) et Lettre de Sibérie (1958), le réalisateur ayant souhaité les retirer de la circulation. Faut-il les montrer quand même? La question est évoquée dans Regard neuf sur Olympia 52 de Julien Faraut, consacré au premier film de Marker, Olympia 52, tourné pendant les Jeux olympiques d’Helsinki, à son contexte et à son destin.

Marker tourne Olympia 52

Légitime et discutable, la volonté de l’auteur de La Jetée de pouvoir voyager dans son propre passé et d’y agir est porteuse d’une question trop forte pour être liquidée d’un trait, l’exigence de liberté de celui qui perçut les archives comme menace policière et comme trésor rayonnant d’enfance et d’intelligence, mérite à la fois attention et prise de liberté, y compris vis-à-vis de lui.

Cet ensemble de huit titres paraîtra ensuite sous forme de coffret DVD publié par Argos/Tamasa. Arte Vidéo éditera en novembre un coffret de 10 DVD, la somme la plus exhaustive accessible à ce jour. Les éditions du Point du jour rééditent quant à elles le beau et subtil Also Known as Chris Marker, essai d’Arnaud Lambert publié en 2008.

Enfin, le 30 octobre sortira en salle Le Fond de l’air est rouge (1977), film si important qu’il conviendra d’y revenir longuement à ce moment.

J.-M.F.

Jean-Michel Frodon
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Critique de cinéma
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