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Pourquoi les industries culturelles sont dévorées par les blockbusters

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 15.10.2013 à 12 h 44

Robert Downey Junior dans «Iron Man 3».  © The Walt Disney Company France

Robert Downey Junior dans «Iron Man 3». © The Walt Disney Company France

Ce 15 octobre paraît aux Etats-Unis un livre d'Anita Elberse, professeure à Harvard, spécialiste de marketing et des industries culturelles, intitulé: Blockbusters: Hit-Marketing, Risk Taking and the Big Business of Entertainment. Elle se penche dedans sur la culture du blockbuster outre-Atlantique.

«Beaucoup d’observateurs avaient prédit que le Web révolutionnerait notre culture et élargirait considérablement nos choix [de consommation] –et d’une certaine manière, c’est effectivement le cas», note le Boston Globe. «Mais dans son nouveau livre, Elberse argue de ce que, du moins pour les industries culturelles, le glissement numérique n’a fait qu’amplifier le star système déjà en place. Les films de studios réussissent désormais en absorbant des ressources supplémentaires dans une simple poignée de gros succès, et le public y répond en les consommant en masse.» Et cela vaut aussi bien pour les films que pour les livres, la musique, ou les jeux vidéo.

Dans une interview qu’elle accorde à The Atlantic, la chercheuse poursuit:

«S’il n’y a pas de méthode sûre dans l’industrie du divertissement, la stratégie du blockbuster est néanmoins une méthode plus sûre que les autres. (...) Cela implique de faire peu d’investissements, mais énormes. Mais c’est en réalité moins risqué.»

Elle explique toute une série de raisons pour lesquelles il est intéressant de faire de gros investissements sur peu de projets: la façon dont, si un producteur est connu pour quelques cartons, il va attirer les personnes pensant détenir des idées géniales. La façon dont promouvoir Iron Man et ses suites dans tout le pays plutôt que des films différents à chaque fois seulement à New York et Los Angeles (comme c'est le cas pour nombre de films indépendants) permet des économies d'échelles. La façon dont le public (même si ce n'est pas celui qu'on entend dans les journaux) a une soif plus grande de blockbusters que de films indépendants. Et la façon dont, à l’inverse, ne pas investir assez dans des gros filsm peut vous exclure du marché des gros calibres:

«C’est aussi vrai pour la télévision: NBC avait essayé de réduire ses coûts pendant quelques années, et avait vu ses marges se réduire et était passée à côté de quelques nouveaux projets majeurs. De même, si vous êtes un éditeur, et que vous ne vous battez pas pour les plus gros livres, les plus prometteurs, vous allez perdre des stands des Barnes & Noble [sorte de mega Fnac américaine], et de votre influence sur Amazon, et ce sera plus difficile de sortir et de faire la pub de vos prochains livres.»

Cette stratégie de focalisation sur les blockbusters est «saine», assure Elberse dans une tribune publiée sur Vulture. «Aussi tentant qu’il soit de dramatiser les énormes échecs de cet été, en regardant de plus près, on s’aperçoit qu’Hollywood serait en bien plus grand danger si les patrons de studios fuyaient tous les gros paris financiers. Ce serait une mauvaise chose non seulement pour ceux d’entre nous qui adorent Channing Tatum et Ryan Reynolds, mais aussi pour n’importe quel cinéphile».

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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