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Fauve m'a niqué Schubert le blizzard

Temps de lecture : 2 min

«C'est imprimé partout dans les journaux/Sur les écrans, dans le regard des gens»: Fauve est le-nouveau-groupe-français-qu'il-faut-écouter. Télérama adore, Les Inrocks aussi, Le Monde itou... Normalement, je n’aurais pas dû écrire sur leur nouveau single (à Slate, on préfère écrire sur ce qu'on aime), car Blizzard et Nuits fauves, extraits de leur premier EP, m’avaient autant fait rire qu’irrité: l’impression de voir deux types ivres se faire des grandes déclarations sur un trottoir à trois heures du matin ou de lire des tirades de lycéens griffonnées sur une table ou sur un cahier de textes, entre sous-Diabologum ou Wu Lyf et version premier degré, sans l'ironie désespérée de Daniel Darc, du P.A.R.I.S. de Taxi Girl.

Mais comme je suis un peu masochiste, j’ai écouté leur nouveau single ce matin. Et, pendant les cinq minutes de Voyou, je n’ai eu que deux mots en tête: Barry Lyndon. Barry Lyndon. Barry Lyndon.

Plus j’avançais dans le morceau (que je trouve mauvais, mais arrivé à ce stade de votre lecture, vous vous en doutez), plus le sample en arrière-plan faisait surgir des images de duels dans des champs, de parties de carte à la bougie, de Ryan O’Neal en homme sans qualités et de Marisa Berenson en épouse trahie. A l'inverse, il n'est pas impossible que ma prochaine vision du chef d'oeuvre de Kubrick soit polluée d'un «J'suis une sale bête, une bouteille de gaz dans une cheminée/Et j'vais finir par te sauter au visage si tu t'approches trop» (sic).

Après quelques minutes de recherche en ligne (car, non content de ne pas aimer Fauve, je cumule les tares puisque je suis relativement inculte en musique classique), j’ai fini par retrouver la référence du sample: le Trio pour piano et cordes nº 2 de Schubert, utilisé dans la scène de la rencontre autour de la table de jeu. Que Fauve nique sa mère le blizzard, passe encore, mais s’ils pouvaient éviter de niquer la musique classique et mes souvenirs cinéphiliques au passage, ça m’arrangerait.

En attendant, en guise de traitement, je vais tenter d'écouter Hip-Hop Forever de Busta Flex (qui, m’apprend Wikipédia, avait lui-même samplé la même œuvre il y a pratiquement quinze ans) et arrêter avec Fauve: après tout, comme ils me le disent eux-mêmes dans leur morceau, «Et ben si on t'dérange tu t'casses ou sinon tu fermes ta gueule».

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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