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Alice Munro: le Nobel de littérature sur répondeur

Cécile Chalancon, mis à jour le 10.10.2013 à 13 h 59

Yesterday Call / Vincent AF via Flickr CC License by.

Yesterday Call / Vincent AF via Flickr CC License by.

On donnerait cher pour savoir quel message Alice Munro, prix Nobel de littérature 2013, a enregistré sur son téléphone («Après le bip, laissez un message, je vous rappellerai dès que possible»?). En effet, l'organisation du Nobel a visiblement eu du mal à joindre l'auteure canadienne:

«L'Académie suédoise essaie de joindre la personne qui a reçu le prix»

«L'Académie suédoise n'a pas pu joindre Alice Munro et lui a laissé un message téléphonique»

Fin septembre, nous vous racontions comment les lauréats apprennent qui ont obtenu le prix Nobel.

Le site Moreintelligentlife.com a recueilli le témoignage de Staffan Normark, secrétaire permanent de l’Académie royale depuis 2010 et qui est chargé du magic call (l’appel magique), celui-là même par lequel les chercheurs apprennent que le travail de toute une vie vient d’être récompensé. Staffan Normark s'occupe des Nobel de physique, chimie et économie (le secrétaire permanent chargé du magic call d'Alice Munro resté dans le vide est Peter Englund).

Normark, désormais habitué des réactions des chercheurs face à l’annonce, a identifié trois catégories de personnes:

  • celles qui sont vraiment surprises: «Parfois, la personne est complètement silencieuse. A tel point que je ne sais même plus si elle est au bout du fil. Vous pouvez juste l’entendre respirer
  • celles qui s’en doutaient mais qui font tout pour se convaincre du contraire.
  • celles qui attendaient le coup de téléphone.

Le secrétaire permanent a à sa disposition une liste de plusieurs numéros de téléphone pour chaque candidat, rassemblés en secret par une équipe dont c’est la responsabilité. Ils sont parfois erronés ou sont ceux d’un secrétariat dont il faut passer le barrage. Mais Normark a ses techniques:

«On leur dit que c’est un appel très important. Un appel. Très. Important. De Stockholm.»

Peu de personnes résistent à cette phrase.

Le coup de téléphone peut survenir à n’importe quel moment, pouvant donner lieu à des situations pour le moins rocambolesque, répertoriées sur le site des prix Nobel. Il réveille certains au beau milieu de la nuit, il en surprend d’autres dans un avion. Ce fut le cas du professeur Richard Ernst, prix Nobel de chimie en 1991, embarqué sur un Moscou-New York. Le pilote est venu le voir à son siège pour lui annoncer qu’il avait gagné, et c’est dans le cockpit, par radio, qu’Ernst a pu discuter avec l’Académie, son école et ses proches.

Mais le plus souvent, Normark doit déployer des trésors d’inventivité pour convaincre son interlocuteur que ce n’est pas une blague. Ce fut le cas notamment pour John Gurdon, prix Nobel de médecine 2012, récompensé pour une expérience menée 50 ans auparavant. Il a pensé: «Quelqu’un est en train de se payer ma tête.»

Pour ce genre de situation, Normark a un atout: «Bien sûr, j’ai un accent suédois très prononcé, ça aide.»

Maintenant, on a hâte de connaître les détails pour Alice Munro...

Cécile Chalancon
Cécile Chalancon (99 articles)
Editrice à Slate.fr
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