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Patrice Chéreau est mort: la disparition d'un metteur en scènes

Temps de lecture : 2 min

Auteur de dix films, homme de théâtre et d'opéra et comédien occasionnel mais marquant, le réalisateur de «La Reine Margot» et «Ceux qui m'aiment prendront le train» est mort à l'âge de 68 ans.

Patrice Chéreau acteur, en Napoléon dans «Adieu Bonaparte» de Youssef Chahine (1985).
Patrice Chéreau acteur, en Napoléon dans «Adieu Bonaparte» de Youssef Chahine (1985).

Sa nécrologie dans Libération, qui révèle l'information, commence par les mots « N'arrêtez jamais de travailler», conseil prodigué par Roger Planchon au début de sa carrière: Patrice Chéreau est mort, lundi 7 octobre, à l'âge de 68 ans, d'un cancer du poumon. Et il n'avait jamais arrêté de travailler puisqu'avec lui disparaît un grand metteur en scène de cinéma, de théâtre et d'opéra, ainsi qu'un acteur occasionnel mais marquant.

En trente-cinq ans de carrière, Chéreau avait réalisé dix films, parmi lesquels L'Homme blessé (César du meilleur scénario en 1983, en collaboration avec l'écrivain Hervé Guibert), Hôtel de France (qui révéla une génération de comédiens formés par lui au Théâtre des Amandiers de Nanterre, comme Valeria Bruni-Tedeschi, Bruno Todeschini, Marianne Denicourt ou Vincent Pérez), La Reine Margot, adaptation de Dumas doublement primée à Cannes et lauréate de cinq Césars, Ceux qui m'aiment prendront le train ou encore Intimité, adaptation d'Hanif Kureishi couronnée de l'Ours d'or à Berlin en 2001.

En parallèle, il avait mené une carrière de metteur en scène de théâtre encore plus longue puisqu'entamée dès 1966 avec la direction du théâtre de Sartrouville, et tout aussi réputée. En dehors de ses adaptations de classiques (Shakespeare, Ibsen...), son nom reste notamment associé à celui de Bernard-Marie Koltès, dont il fut le metteur en scène le plus célèbre (Dans la solitude des champs de coton, notamment). En 2011, il montait à Avignon I am the Wind, du Norvégien Jon Fosse, dont nous écrivions à l'époque qu'elle constituait «un voyage énigmatique et juste, impossible par aucun autre moyen que le théâtre, [...] un moment de bonheur du théâtre».

Quant à l'opéra, il y reste notamment célèbre pour son adaptation épique avec Pierre Boulez du Ring de Wagner au Festival de Bayreuth, Mecque des wagnériens, en 1976. «Il y avait eu une cabale parce que le Ring avait été confié à une équipe française. Comme j’applaudissais, ma voisine m’a battu avec son sac à main en me traitant de terroriste! C’était l’époque de la bande à Baader...», se souvenait il y a quelques mois le spécialiste de Wagner Philippe Olivier, interrogé par Slate.

Ces dernières années, on se souvient aussi de lui comme d'un président de jury extrêmement radical à Cannes, en 2003, où il avait offert un magnifique double prix (Palme et prix de la mise en scène) à Elephant de Gus Van Sant, et le Grand Prix au contemplatif Uzak du Turc Nuri Bilge Ceylan. Et Chéreau était aussi acteur chez les autres, où il ne jouait pas n'importe quels rôles: dans Danton de Wajda, Camille Desmoulins; dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine, le petit caporal; dans Lucie Aubrac, de Claude Berri, Jean Moulin.

Et il était même une voix puisque, dans Le Temps retrouvé, adaptation par Raoul Ruiz de la dernière partie de la Recherche, c'est lui qui faisait la voix française du Narrateur, incarné par l'acteur italien Marcello Mazzarella. Interrogé par Libération en 2010, il se servait d'ailleurs de Proust pour définir son travail:

«Comme l’écrit Proust, "les musées sont des maisons qui abritent seulement des pensées". Si je suis un montreur d’images, j’essaye aussi de montrer des pensées.»

Quelques lignes plus bas, il disait:

«Le mot fantôme est parfait, il me convient bien. Je vis avec beaucoup de fantômes. Ceux des morts, c’est relativement facile, c’est à la portée de tout le monde. Mais mes fantômes sont souvent ceux de gens vivants. Des gens qui se sont éloignés, auxquels je pense toujours. Des gens que j’ai aimés.»

Des fantômes comme ce personnage incarné par Jean-Louis Trintignant dans Ceux qui m'aiment prendront le train, narrateur d'outre-tombe qu'on entend dire: «J'ai soixante-dix ans, je suis en train de fermer boutique.»

J.-M.P.

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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