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La littérature est-elle meilleure pour vous que la fiction populaire?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 04.10.2013 à 12 h 33

Lot de romans de la collection Les Historiques des éditions Harlequin / Guil2027 via Wikimedia commons

Lot de romans de la collection Les Historiques des éditions Harlequin / Guil2027 via Wikimedia commons

Tu es fan de Bridget Jones, et, empli de haine, tu as cliqué sur cet article en te disant «qui est l’imbécile (je suis sûre que tu es poli) qui est l’imbécile qui fait cette distinction entre fiction populaire et fiction littéraire?»[1]

Eh bien ce n’est pas moi. Ce sont les chercheurs David Kidd et Emanuele Castano de la New School for Social Research qui ont expliqué dans Science, rapporte PSmag, que la fiction littéraire de qualité, en créant des personnages complexes, riches, exige davantage du lecteur que la plupart de la fiction populaire, qui «a tendance à décrire le monde et ses personnages comme cohérents et prévisibles».

«Les lecteurs de fiction littéraire doivent faire à appel à des capacités d’interprétation plus flexibles pour déduire les sentiments et les pensées des personnages. C’est-à-dire qu’ils doivent faire preuve d’une théorie de l’esprit [la capacité à comprendre les intentions d'autrui, ses pensées et sentiments].»

Apprendre à discerner les émotions

Le site Research Digest précise: à travers cinq expériences, réalisées sur des centaines d’internautes, les chercheurs ont montré que la lecture de quelques pages de littérature (l’expérience se servait des œuvres de Don DeLillo, Lydia Davis, Louise Erdrich, Alice Munroe ou encore Dagoberto Gilb) augmentait la capacité immédiate des participants à discerner les émotions des gens à partir de photos de leurs yeux ou de leurs visages.

Dans certains cas, les bienfaits de la littérature allaient jusqu’à permettre des performances excellentes lors de test de théorie de l’esprit consistant à utiliser des indices visuels ou verbaux pour identifier ce qu’une personne pense ou désire.

«Aucun effet comparable n’a été perçu après la lecture de non-fiction ou de fiction populaire.»

Des passages de romans de Danielle Steele, Rosamunde Pilcher (romans sentimentaux) ou Gillian Flynn (romans policiers).

Research Digest précise:

«Les avantages apparents à la lecture de fiction littéraire résistent même après l’examen d’une série d’autres variables comme l’éducation, le genre, l’âge et l’humeur des participants.»

A ce stade, toi qui es fan de fiction populaire, qui te délecte du Diable s’habille en Prada et qui trouve que Don DeLillo c’est extrêmement ennuyeux (tu n’as pas toujours tort, tente plutôt Alice Munro) tu es énervé. Tu as envie de fermer ton onglet Slate. Ne le fais pas.

Parce qu’une autre étude datant de septembre souligne que les lecteurs de livres d’amour («romantic fiction») sont justement particulièrement bons pour comprendre les émotions des autres et comprendre ce qu’ils ressentent.

De l'intérêt des romans d'amour

Je sais: tu te dis que tout ça est contradictoire. En fait, cette deuxième étude précise que ses découvertes «démontrent que lorsque l’on débat de l’influence de la fiction sur les lecteurs il est important de prendre en considération le genre de littérature que l’on consomme»: c’est-à-dire romans d’aventure, romans policiers, romans d’apprentissage... ou romans d’amour.

En gros, toi, fan de Bridget Jones, tu es dans la meilleure position qui soit pour devenir une personne pleine d’empathie et capable de comprendre les autres. Il suffit que tu poursuives dans ta lecture de romans d’amour, mais que tu choisisses de bons romans. Personne ne te force à lire Danielle Steel, sois sympa avec toi-même, ne t’infliges pas ça. Et souviens-toi que les rayons de librairies ne sont pas toujours pertinents. Est-ce que L’Odyssée –histoire d’un type et d’une nana qui veulent être ensemble, mais il y a quelques obstacles, et finalement ils se retrouvent– n’est pas un super roman de chick lit?

C.P.

[1] Si tu n'es pas fan, tu peux quand même lire cet article. Retourner à l'article

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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