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Tom Clancy à l’écran: à la poursuite de l'Histoire

Jean-Michel Frodon, mis à jour le 02.10.2013 à 22 h 33

Écrits dans un monde marqué par la Guerre froide, les livres du romancier américain ont toujours été adaptés au cinéma avec un important délai, créant comme une faille historique donnant un petit charme à des productions par ailleurs assez lourdes.

Sean Connery dans «A la poursuite d'Octobre rouge» de John McTiernan (1990).

Sean Connery dans «A la poursuite d'Octobre rouge» de John McTiernan (1990).

Disparu mardi 1er octobre à l'âge de 66 ans, Tom Clancy avait vu quatre de ses romans portés à l’écran par Hollywood, avec les mêmes titres: A la poursuite d’Octobre rouge (1990) de John McTiernan, Jeux de guerre (1992) et Danger immédiat (1994) de Philip Noyce et La Somme de toutes les peurs (2002) de Phil Alden Robinson. Tous les quatre ont pour héros le personnage récurrent de la majorité des livres de fiction de Clancy, Jack Ryan, interprété à deux reprises par Harrison Ford (dans les films de Noyce), après Alec Baldwin et avant Ben Affleck.

Si les livres de Clancy se définissent par un habile mélange de thriller et d’expertise technique sur les armes et les théories stratégiques développées par le Pentagone et les agences de sécurité, il est clair que chez Paramount, le studio qui a financé et distribué les quatre titres, on a préféré simplifier le deuxième aspect, et aussi l’édulcorer politiquement: alors que l’écrivain était un ferme soutien des Républicains et de la droite américaine, les films sont nettement moins marqués.

Parce que les livres sont précisément amarrés à des situations réelles, même vues de manière idéologiquement orientées, le passage aux films, qui se fait toujours avec un important délai, est toujours marqué par ce décalage dans le temps. Très marqués par une vision du monde construite par la Guerre froide, les quatre livres, publiés entre 1984 et 1991, sont antérieurs à la disparition de l’Union soviétique, alors que les quatre films lui sont postérieurs. Inégalement réalisés, les films portent de manière diverse la trace de ce hiatus, comme une faille secrète née d’un basculement de l’Histoire et qui donne éventuellement un charme à des productions dont la légèreté n’est jamais la caractéristique première.

C’est évident avec l’histoire du sous-marin soviétique Octobre rouge, mais aussi avec le film centré sur le terrorisme irlandais (Jeux de guerre) et celui sur l’affrontement avec les barons de la drogue sud-américains et les malversations d’Etat (Danger immédiat). Mais ce rapport complexe à l’actualité est devenu encore plus net avec l’histoire de la fabrication de La Somme de toutes les peurs, qui donna lieu à une véritable bataille d’influence pour faire changer la définition des méchants, les terroristes arabes du livre étant finalement remplacés par des néonazis. Avec un résultat (post-11 septembre, lui) promu par Bush et Cheney, et pourtant une thématique devenue scabreuse, accusant clairement le soutien américain aux Israéliens, destinataires de matériaux nucléaires, d’avoir semé les germes d’un terrorisme capable de frapper au cœur de l’Amérique.

On attend à présent la nouvelle adaptation d’un roman de Clancy, ou plutôt un film inspiré par son héros et qui porte son nom, le Jack Ryan: Shadow Recruit de Kenneth Branagh, avec Chris «Captain Kirk» Pine, pour voir comment les créatures du romancier continuent de vivre après sa disparition, et dans quelle relation avec l’actualité. Outre les films, les livres ont inspiré des téléfilms, Op Center et Net Force, et plusieurs jeux vidéo, dont un scénarisé par l’écrivain et baptisé Tom Clancy’s The Division.

Jean-Michel Frodon

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