CultureCulture

Stephen King avait raison de détester le «Shining» de Kubrick

Anaïs Bordages, mis à jour le 02.10.2013 à 17 h 42

Le film a beau être un chef d'oeuvre, il ne rend pas justice au roman.

«Here's Johnny!» via Allociné © D.R.

«Here's Johnny!» via Allociné © D.R.

Quand son roman culte The Shining a été adapté au cinéma par Stanley Kubrick en 1980, Stephen King n’a pas caché sa déception:

«Certaines parties font froid dans le dos, [...] mais d’autres tombent à plat. [...] C’est un film réalisé par un homme qui réfléchit trop et ne ressent pas assez», aurait-il déclaré à la sortie du film.

Le 24 septembre 2013, Doctor Sleep, la suite de The Shining, est parue aux Etats-Unis, donnant l’occasion à son auteur de s’exprimer une nouvelle fois sur le film de Kubrick.

Dans une interview accordée à la BBC fin septembre, Stephen King décrit le film comme «froid». Mais surtout, il s’attaque à Shelley Duvall, et son interprétation du personnage de Wendy Torrance:

«C’est l’un des personnages les plus misogynes jamais vus à l’écran. En gros, elle n’est là que pour crier et avoir l’air bête. Ce n’est pas la femme sur laquelle j’ai écrit.»

Tout le monde (ou presque) s’accorde à dire que l’interprétation de Shelley Duvall, avec ses cris haut perchés et son jeu sans nuances, est le pire aspect du film de Kubrick. Le site Complex l’a même désignée comme le 5e personnage le plus énervant du cinéma:

«Ce n’est pas souvent que l’on encourage –non, que l’on supplie– le tueur d’un film d’horreur d’étriper sa victime, mais The Shining est l’exception qui confirme la règle.»


Avouez, vous aussi vous auriez essayé de la tuer

Dans un article pour Salon, Laura Miller affirme que Stanley Kubrick n’a pas entièrement compris The Shining. Selon elle, dans le film, les personnages sont contrôlés par des forces plus puissantes qu’eux, si bien qu’ils n'apparaissent pas responsables de leurs actes:

«The Shining est un film dans lequel il y a de la violence domestique, alors que le roman de Stephen King est un livre sur la violence domestique, un choix que certains hommes font quand ils pensent que tout leur est dû.»

Autre différence de taille: l’alcoolisme de Jack Torrance est un élément essentiel du bouquin, alors qu’il n’est pas vraiment abordé dans le film.

Or, comme l’a plusieurs fois répété Stephen King, qui buvait beaucoup à l’époque où il a écrit The Shining, Jack Torrance est son personnage le plus autobiographique. On peut donc comprendre qu’il ait été personnellement blessé par l’interprétation déjantée de Jack Nicholson.

Si le Shining de Kubrick est un chef d’œuvre photographique, celui de King est donc peut-être «plus humain». Mais on vous rassure, vous avez le droit d’aimer le livre et le film avec la même fougue. C’est comme les fraises et les bananes: les deux fruits sont bons, ils n’ont juste pas le même goût.

Anaïs Bordages
Anaïs Bordages (105 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte