Culture

Salinger était-il trop pur pour notre monde?

Temps de lecture : 2 min

C'est la romancière Joyce Maynard qui, avec ironie, pose la question: J.D. Salinger était-il trop pur pour notre monde? Lui qui ne pensait qu'à la littérature et aux jeunes femmes - certes fort jeunes, parfois mineures, et qu'il accumulait - mais si pur dans son génie?

On sait depuis le livre de Joyce Maynard, At Home in the World: A Memoir (1998) que l'écrivaine, entre ses 18 et 19 ans, avait entretenu une relation avec l'écrivain, et vécu avec lui. Après le livre, elle s'en était aussi ouverte dans les médias.

Le sujet revient sur la table alors qu'un documentaire sur l'auteur de L'Attrape-coeurs doit sortir bientôt, et dévoile au public, entre autres choses, que Maynard était loin d'être la seule jeune femme à avoir trouvé grâce à ses yeux. Des relations toujours consenties, mais où Salinger avait un ascendant très fort, par son âge comme par son aura. Et se pose alors le débat qui se pose chaque fois qu'un artiste révéré commet une «faute»... Doit-on l'excuser au nom de son génie?

Maynard avait 18 ans quand elle se mit à vivre avec Salinger, interrompit sa scolarité et coupa tous les liens avec sa famille et ses amis. Elle en avait 19 quand il la congédia. «C'était d'autant plus difficile», écrit-elle dans le New York Times «qu'il y avait une obligation tacite de garder le secret: si Salinger vous écrivait une lettre, vous ne deviez jamais dire l'avoir reçue. S'il vous brisait le coeur, vous ne deviez jamais le mentionner. Agir d'une quelconque autre manière ne constituait pas seulement une violation de la vie privée d'un immense écrivain; c'était la preuve que vous étiez un être dépravé, c'était l'exploitation (un mot qui m'est devenu familier avec les années) d'un homme tellement plus pur que le monde factice et superficiel qui l'entourait.»

Maynard revient sur ce phénomène déclenché par les révélations des femmes avec lesquelles il entretint des relations: la volonté de le dédouaner, de l'excuser au nom du génie. Elle passe en revue les réactions et conclue: «Il semble que cette idée persiste que dans notre culture, la valeur d'une jeune femme, face à celle d'un grand homme, a peu d'importance».

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