10 films improbables à ne pas rater (ou voir) en septembre

Deux grosses touffes (au premier plan) dans «Ass Backwards» (DR).

Deux grosses touffes (au premier plan) dans «Ass Backwards» (DR).

Marre du tout-venant ciné? Voici une sélection de perles sortant ces jours-ci en salle, en VOD, en festival, à l'étranger ou en piratage potentiel.

Plutôt satisfait de la formule testée cet été pour Trailer est-il?, à savoir un concentré mensuel de films étonnants visibles —ou presque— par divers moyens, votre serviteur a décidé (sûrement en plein soleil, frappé par un combo insolation/rosé tiède) de la prolonger pour la rentrée. Exit donc la mini-dose quasi-quotidienne de bandes-annonces, place à une playlist mensuelle chamarrée de longs métrages prometteurs.

La cabane à sucre dans les bois

Sorti la semaine dernière dans une vingtaine de salles françaises,Vic+Flo ont vu un ours est le nouveau film du réalisateur québécois Denis Côté (Curling), et figurez-vous qu'il a tout émoustillé le camarade Frodon, et moi aussi par la même occasion. Un mois avant La Vie d'Adèle, voilà une autre histoire d'amour entre deux femmes isolées dans une cabane à sucre de l'est canadien, certes moins sexy mais carrément plus poétique et barré que le torture porn (pendant son tournage) d'Abdellatif Kechiche.

La relative discrétion entourant la sortie du film trouve un certain écho dans l'article «Le cinéma québécois peut-il plaire aux Français?» publié chez les copains de Vodkaster. On signale enfin aux bédéphiles que le dessinateur Jimmy Beaulieu, compatriote de Denis Côté, a signé une bien jolie BD spin-off du film, un produit dérivé somme toute plus adapté au film qu'un pack de figurines de lesbiennes campagnardes.

Vengeance à l'israélienne

Comme chaque année, le seul événement pouvant donner envie de traîner à Paris début septembre se déroule au Forum des images avec le retour de l'Etrange Festival, qui est aux fanatiques de cinéma fou ce que l'arrivée du beaujolais nouveau est aux amateurs de picrate.

On laissera aux curieux le soin de fouiner le touffu programme de ce cru 2013 —notons que l'an prochain, on fêtera les vingt ans du festival— mais on se permet de pointer la présence (en première française) du film israélien Big Bad Wolves. Projeté une première fois jeudi dernier, mais visible à nouveau ce 11 septembre à 21h30, ce film signé Aharon Keshales et Navot Papushado, remarqués en 2010 avec Rabies, raconte la terrible vengeance d'un père persuadé d'avoir mis la main sur l'assassin de sa fille. Sauf erreur, malgré son titre, le film ne semble avoir aucun rapport avec Le Grand Méchant Loup de Nicolas & Bruno.

Le journaliste le plus burné au monde

Distribué en France directement en vidéo depuis la semaine dernière, The Ambassador est un documentaire danois jouissant d'une réputation plus que flatteuse. Avouons qu'on désespérait un peu de le voir légalement un jour sur notre territoire: sorti à l'automne 2011 dans son pays d'origine, le film a été distribué dès l'été 2012 outre-Atlantique par la très recommandable maison Drafthouse Films (déjà derrière A Band Called Death ou Miami Connection). Mieux vaut tard que jamais pour ce film signé Mads Brügger, journaliste casse-cou qui entreprend d'infiltrer un trafic de faux diamants en zonant en République centrafricaine muni d'un faux passeport diplomatique!

Souvent décrit par les critiques américains comme «l'homme à la plus grosse paire de couilles jamais vues à l'écran» (c'est une métaphore, soyons clairs, enfin a priori), Brügger fait aisément passer les docus gonzos de Morgan Spurlock pour des Vine du community manager de Jean-Marc Ayrault. Bonus copinage: les Nantais pourront découvrir le film lors d'une projection gratuite, ce jeudi 12 septembre, grâce aux bons soins de l'association Accès au Cinéma Invisible.

Girls just wanna have fun

Si vous êtes un tant soit peu amateur de comédies américaines, la frimousse de la charmante June Diane Raphael ne vous est pas inconnue (à l'inverse de son patronyme) puisqu'on a pu la croiser au générique de Sans Sarah, rien ne va et dans moult séries/sketchs bien LOL, comme l'atteste sa fiche IMDb. Ce que l'on ignorait, c'est qu'elle forme avec sa comparse comédienne Casey Wilson un duo de scénaristes dont la dernière œuvre, la comédie Ass Backwards, sort outre-Atlantique en VOD le 30 septembre prochain, avant une sortie salle le 8 novembre.

Cette stratégie de distribution avait fort bien marché l'an dernier pour l'autre «chick comedy» Bachelorette (dans laquelle jouait d'ailleurs June Raphael) et on sent bien que cet Ass Backwards au casting alléchant (Bob Odenkirk, échappé de Breaking Bad, Vincent D'Onofrio, la revenante Alicia Silverstone, Jon Cryer, etc.) pourrait lui aussi cartonner.

L'Ecosse, l'autre pays du hip-hop

Sorti dans quelques salles et en VOD outre-Manche la semaine dernière, le docu The Great Hip Hop Hoax, remarqué au dernier festival SXSW, revient sur une histoire aussi incroyable que méconnue (en tout cas pour votre serviteur) de la culture pop contemporaine. Enfin, de la culture hip-hop, comme le titre le laisse aisément deviner.

Le film raconte l'improbable histoire du duo de rappeurs californiens Silibil n'Brains, voués à cartonner il y a quelques années. Sauf que les deux gonzes en question, qui ont berné l'industrie musicale british, n'avaient jamais mis les pieds en Californie: il s'agissait en réalité de deux étudiants écossais avec un accent ricain bidon et de fausses identités, exténués d'être sans cesse brocardé par les labels UK.

Ironie de l'histoire: pour accompagner la sortie du docu, le duo s'est reformé pour de vrai, sortant par la même occasion un single (qui sample tout de même Austin Powers 2) vendu par un clip hommage au cinéma gore. Pas sûr qu'on se rue dans les bacs pour les écouter, mais hâte de découvrir le film.

Ah non, désolé, Sean Connery

On reste en Ecosse, où il se passe bien des choses, décidément. Vous pensiez Sean Connery à la retraite, comme l'affirmait d'ailleurs encore récemment un article d'Allociné? Pas tout à fait: l'ex-agent 007, qui n'a certes pas remis les pieds sur un plateau de tournage depuis La Ligue des gentlemen extraordinaires en 2003, a accepté de «jouer» le rôle principal du film Sir Billi —enfin, de doubler le héros en titre de ce film d'animation écossais, visiblement réalisé avec les logiciels que Pixar utilisait en 1986.

L'adjectif «gênant» peine à qualifier la vision du personnage doublé par Connery faisant du skate-board dans l'atroce bande-annonce de la chose. Le vénérable quotidien The Scotsman résume bien le malaise dans un article intitulé «Le dessin animé de Sean Connery destiné à l'oubli en DVD», puisque le film (qui a coûté près de 18 millions d'euros) sortira au Royaume-Uni la semaine prochaine quasi-directement en vidéo, étant projeté dans moins de salles qu'il ne reste d'interprètes de James Bond encore en vie aujourd'hui.

Complot et têtes de bestiaux

Premier long métrage du canadien Christopher MacBride, le thriller The Conspiracy aura les honneurs d'une sortie française le 18 septembre prochain et on s'en réjouit d'avance, son trailer mystérieux nous ayant tapé dans l'oeil depuis déjà plusieurs mois, tout comme son affiche bien flippante à base d'homme portant un masque d'animal (une grosse tendance du cinéma de genre, à en juger par le poster très similaire du film d'horreur You're nextn sorti la semaine dernière en France).

Le film raconte comment deux jeunes réalisateurs tournant un docu sur un fada conspirationniste se trouvent impliqués dans une sale affaire quand leur sujet d'étude disparaît. La bande-annonce évoquant sans détour les délires autour du 11-Septembre: autant dire que c'était le bon mois pour distribuer ce film.

Le momifié

Alors qu'Universal, dans un grand délire d'autorecyclage intensif, se prépare à réanimer sa franchise La Momie, il serait peut-être temps de prendre des nouvelles de son acteur star, le sympathique Brendan Fraser, dont on n'avait plus trop de nouvelles depuis une comédie baptisée Furry Vengeance dans laquelle ce benêt se faisait martyriser par une bande de blaireaux (et loutres, putois, corbeaux...).

Le revoilà dans une série B, Breakout, distribué directement en vidéo aux Etats-Unis ce mois-ci, dans laquelle Fraser s'échappe d'un pénitencier pour, ô ironie, retrouver le héros de Prison Break —attention, pas le gentil gay qui a écrit le beau Stocker, mais l'autre bovin qui tourne chez Uwe Boll—, qui menace de buter ses enfants perdus en forêt. On espère que Fraser pourra ensuite compter sur l'aide précieuse de ses amis blaireaux (et loutres, putois, corbeaux...) pour se tirer de ce pétrin.

Un Drive, mais qui roule à gauche

Votre serviteur rentre de vacances en Irlande bien méritées, ramenant dans sa besace le trailer d'un film local, Black Ice, qui débarquera dans les salles irish dès le 20 septembre prochain. Le film raconte les mésaventures d'une jeune fille, Alice, qui se lie d'amitié avec une bande de pilotes de course, ambiance Fast & Furious sans soleil mais arrosé de Guinness. Vu l'état des infrastructures routières, hors grandes villes, de ce charmant pays, on peut sans peine s'attendre à de spectaculaires scènes de poursuites à au moins 70km/h.

Un horrible mal de cul

Concluons cette fournée de septembre par le film Bad Milo!, sorti en VOD outre-Atlantique fin août et visible à trois reprises mi-septembre du côté de Strasbourg, au Festival européen du film fantastique. Je me propose de vous traduire le synopsis officiel:

«La vie de Duncan pue du cul: tourmenté par son escroc de patron manipulateur, sa mère envahissante, son loser de père hippie et une épouse douce mais reloue, son stress grandissant déclenche une douloureuse réaction gastro-intestinale.»

Faisons-la courte pour le reste: la douleur en question est déclenchée par la présence d'un petit (mais costaud) monstre vivant dans son rectum prêt à en sortir pour attaquer sauvagement quiconque embête le pauvre Duncan, lequel se voit contraint de faire ami-ami avec son Gremlins de fion, qu'il baptise affectueusement Milo. Comme si ce pitch merveilleux ne suffisait pas, le casting de la chose est fabuleux: Ken Marino (Party Down), Gillian Jacobs (Community), Peter Stormare (Fargo) et le tout est produit par les frères Duplass, rois du cinéma indépendant américain.

Pour vous faire une idée du décalage via un exemple made in France, c'est un peu comme si Arnaud Desplechin produisait un film dans lequel Gaspard Proust cohabiterait avec des hémorroïdes mangeurs d'homme. Hélas pour la diversité de notre cinéma hexagonal, l'ouverture d'esprit de nos producteurs frenchies est encore plus étroite que celle de leur anus :-(

Alexandre Hervaud