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Ngũgĩ wa Thiong'o: y a-t-il eu une fuite sur le prochain Nobel de littérature?

Ngugi Wa Thiong'o le 15 janvier 2007, au Kenya. REUTERS/Antony Njuguna

Ngugi Wa Thiong'o le 15 janvier 2007, au Kenya. REUTERS/Antony Njuguna

Le problème est récurrent: il semble y avoir de fréquentes fuites quant aux lauréats des prix Nobel. A tel point qu'en 2011, alors que certaines personnes semblaient avoir eu connaissance avant tout le monde du couronnement de Tomas Tranströmer (Nobel de littérature), la justice suédoise s’était saisie de l’affaire. Elle avait admis la possibilité de fuites, mais classé l’enquête.

Mais le problème se pose de nouveau. Début septembre, comme le rapporte The Atlantic, le site de paris en ligne Ladbrokes publiait les cotes des auteurs de lice, l'écrivain japonais Haruki Murakami en tête des pronostics. Mais le 5 septembre au matin, c'est sur un écrivain kenyan, Ngũgĩ wa Thiong'o, que le site suspendait les paris. Trop d'argent aurait a priori été misé sur lui.

Quand les paris furent rétablis, sa cote était, comme avant la suppression, à 50/1. «Mais la suspension peut être révélatrice, sous-entendant que Ngũgĩ est bien l'un des cinq finalistes du Nobel, sinon le vainqueur présumé», explique le site américain. Alex Donohue, responsable presse de Ladbrokes, a expliqué à The Atlantic que le site ne suspendait les paris que lorsqu'il se produisait «un ou plusieurs paris soudain et élevé». Et ajouté un élément d'importance: l'un des paris importants sur l'auteur venait d'un parieur suédois –nationalité de l'Académie remettant le prix.

Il pourrait bien sûr s'agir d'un élan d'enthousiasme de la part des fans de l'auteur, relève le site, mais il est rare que de tels élans se produisent si tôt: le Nobel est remis en octobre. La cote du romancier est au moment de l'écriture de l'article à 20 contre 1.

 

En France, Ngũgĩ wa Thiong'o est presque un inconnu. «Il n'y a guère que Présence africaine et Hatier qui l'aient publié (trois livres)», relevait Pierre Assouline en 2010.

Mais dans le monde anglophone, c'est un auteur révéré. Il y a trois ans, le Guardian expliquait que le Nobel aurait déjà dû lui revenir. Michael Orthofer, critique de The Literary Saloon, soutient et prévoit sa victoire depuis autant d'années.

Wa Thiong'o est un résistant, un satiriste du pouvoir, l'un des premiers écrivains africains à avoir voulu vivre de sa plume, l'un des premiers à avoir abandonné l'écriture en langue anglaise pour le faire dans son dialecte, afin d'être «compris de sa mère». «Imperturbable, cette plume continue de creuser son sillon de livre en livre, changeant de registre et de langue tout en maintenant le cap d’une exigence et d’une cohérence  exceptionnelles. L’exil, la prison, les mauvais traitements physiques et psychiques subis n’ont pu tarir le talent de cet homme aussi courageux que humble», expliquait l'écrivain franco-djiboutien Abdourahman Waberi sur Slate Afrique.

Rien de surprenant à ce que wa Thiong'o soit l'élu de l'Académie donc. Reste que, rappelle The Literary Salon, à l'heure qu'il est, le vainqueur n'existe pas: l'Académie n'a pas fait son choix, et est encore en train de finir de lire certaines oeuvres selon le site. Si délit d'initié il y a, c'est à partir d'une liste de finalistes (qui, elle, existe) et non d'un véritable choix final.

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