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Richard III d’Angleterre avait des vers

Jean-Yves Nau, mis à jour le 04.09.2013 à 9 h 42

Une image microscope de l'œuf ascaris. Piers Mitchell

Une image microscope de l'œuf ascaris. Piers Mitchell

On peut avoir été monarque, ne pas avoir connu la paix de son vivant et voir son repos éternel troublé cinq siècles après sa mort. Richard III d’Angleterre occupa deux ans seulement le trône tant convoité, de 1483 à 1485. L’an dernier, ses restes étaient retrouvés. On révèle aujourd’hui qu’il était, de son vivant, colonisé par des parasites intestinaux.

L’affaire est élégamment racontée par des chercheurs britanniques de l’Université de Cambridge. On peut en prendre connaissance dans la revue anglaise The Lancet (datée du 4 septembre). Elle témoigne à la fois de la passion que nourrissent les sujets britanniques pour leurs souverains présents et passés mais aussi de la puissance grandissante des outils de la biologie moderne utilisés dans le champ de l’archéologie microbiologique.

On se souvient que Richard III fut radiographié par William Shakespeare (1564-1616) sous ses plus mauvais angles. Ce célèbre Richard III  ne fut pas pour rien dans son portrait posthume. Le futur roi usurpera le pouvoir au détriment de ses neveux, et ce dès la mort de son frère Edouard IV. Pendant son court règne, il fait preuve d’énergie et de compétences. Puis il meurt sur le champ de bataille (celui de Bosworth). La maison d'York laisse alors la place à Henri Tudor (Henry VII) et à la maison de Lancastre. Ses successeurs feront que Richard III conservera le profil d’un monstre doublé d’un tyran coupable d'infanticide.

Il y a un an, des archéologues de l’Université de Leicester entreprenaient des fouilles sous un parking de leur  ville. Objectif : retrouver les restes royaux. En février dernier, le résultat était là, comme le rapporta Michel Alberganti sur Slate.fr : une série de données anthropologiques, ostéologiques et génétiques convergeaient. Elles permettaient d’affirmer l’identification du squelette de Richard III d’Angleterre. Les examens de ce squelette donnèrent plusieurs renseignements sur la personne Richard. Ainsi que sur les minutes qui précédèrent son trépas.

C’était un roi considérablement déformé par une scoliose majeure; un roi passablement édenté du fait de plusieurs molaires carieuses non soignées. Sa mort à Bosworth était le fait de nombreuses blessures. Un coup de hallebarde porté à l'arrière du crâne. Ou un autre, porté par une arme pointue au sommet du crâne. Les ennemis du monarque souhaitaient à l’évidence sa fin.

Avant l’inhumation des restes royaux en la cathédrale de Leiscester (prévue en 2014), l’autopsie post-mortem continue. Les nouveaux résultats apportés dans The Lancet, cette fois par une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Piers D. Mitchell (département d'archéologie et d'anthropologie de l'Université de Cambridge) sont sans appel: Richard III était infesté de manière chronique par Ascaris lumbricoides. On désigne ainsi le plus grand des vers ronds, un parasite de l’intestin humain et  des animaux carnivores (le chat notamment). Les femelles adultes ont jusqu’à 20 à 35 cm de longueur et les mâles de 15 à 30 cm. Sa présence, à l'état adulte, dans la lumière de l'intestin grêle provoque l'ascaridiose qui se traduit par de nombreux symptômes souvent très désagréables.

Comment parvient-on à poser un tel diagnostic plus de cinq siècles après la mort ? Le Dr  Mitchell et ses collègues (Hui-Yuan Yeh, Jo Appleby, Richard Buckley) expliquent, simplement, avoir eu recours à un microscope puissant pour examiner des échantillons de sol prélevés dans le bassin et du crâne du squelette, ainsi que dans le sol entourant la tombe.

Ce microscope a révélé la présence de plusieurs œufs d'ascaris dans les échantillons issus du bassin, précisément là où était la masse abdominale et intestinale du défunt – aucun œuf retrouvé dans les échantillons intracrâniens. Et pratiquement aucun œuf dans le sol qui entourait la tombe. Autant d’éléments qui signent l’existence d’une ascaridiose récurrente chez Richard III.  Les œufs mesuraient chez lui jusqu’à 8mm de longueur.

Les auteurs du Lancet prennent soin de rappeler qu’Ascaris lumbricoides se propage, via la contamination fécale des aliments, par les mains sales —ou encore après l'utilisation de fèces comme engrais agricole. Aucune autre espèce de parasites que cet ascaris n’a été retrouvée chez Richard III. Par comparaison avec des recherches antérieures (qui avaient permis d’identifier différentes espèces parasitaires dans des restes d’intestins humains (Trichuris trichiura, Taenia saginata / solium, Diphyllobothrium latum,  Fasciola hepatica), les chercheurs émettent une hypothèse originale: à cette époque, les membres de la noblesse ne consommaient que des nourritures carnées well done  –une pratique qui permettait (et permet toujours) de prévenir de nombreuses infections parasitaires. Mais pas toutes. Comme nous le démontre, à distance respectable, Richard III d’Angleterre.

Jean-Yves Nau

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Journaliste
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