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L'incroyable affaire des huit Cézanne de la Maison Blanche

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 02.09.2013 à 10 h 57

La Forêt, de Paul Cézanne.

La Forêt, de Paul Cézanne.

En 1962, Jacqueline Kennedy, très populaire première dame des Etats-Unis, fait visiter aux caméras de la chaîne CBS la Maison Blanche. Elle passe devant un tableau de Cézanne, La Forêt, puis devant un autre, mais la First Lady amatrice d’art et francophile ne dira pas un mot de ces œuvres exposées. Pourquoi? Selon le Los Angeles Times, qui consacre une passionnante enquête à l’affaire des Cézanne de la Maison Blanche, déjà abordée dans plusieurs livres sur la future madame Onassis, c’est peut-être parce qu’elle connaissait le secret qui les entourait…

Le collectionneur Charles A. Loeser, un Américain exilé à Florence, fut contemporain de Cézanne (1839-1906) et acheta très tôt plusieurs de ses œuvres, jusqu’à en posséder quinze. Dans ses dernières volontés, il autorisait la Maison Blanche à choisir huit de ses tableaux du peintre impressionniste pour la décoration de la demeure présidentielle. Comme sa fille, Matilda, était elle aussi amatrice d’art, il la laissait disposer des tableaux et choisir si elle souhaitait laisser les Cézanne au président des Etats-Unis avant ou après sa mort.

C’est là qu’entre en scène John Walker, le conservateur de la National Gallery of Art. Connaissant les dernières volontés du collectionneur, ayant rencontré sa fille, sachant également ce qui devait advenir des Cézanne, il va réussir à embobiner tout le monde. Il convainc Matilda qu’elle est responsable de ce qui pourrait arriver aux Cézanne, désormais «propriété du gouvernement» américain. Il réussit ensuite à convaincre le président Truman (1945-1953) de renoncer à cet héritage au profit de la National Gallery.

Un autre des huit tableaux: Payannet et la Sainte-Victoire. Environs de Gardanne.

C’est en 1952 que les œuvres arrivent à la National Gallery of Art. Mais en 1961, un mémo se retrouve sur le bureau du Secrétaire d’Etat, à l’époque Dean Rusk, à propos de l’affaire. La first lady Jacky Kennedy appelle donc Walker, qui reconnaît que le musée a les tableaux. Jackie Kennedy, sensible à l’idée que les œuvres profitent au musée, accepta de les faire tourner entre la Maison Blanche et ce dernier… Mais avec l'assassinat du président Kennedy en 1963, la rotation n’aura jamais vraiment lieu.

Aujourd’hui, trois de ces tableaux sont à la National Gallery et cinq dans les quartiers privés de la famille présidentielle à la Maison Blanche. Loeser avait demandé à ce que les huit tableaux qu’il a cédés soient exposés ensemble. Cela n’a jamais été le cas. Walker, mort en 1995, a laissé une lettre pour exprimer ses regrets. «Je me sens encore honteux», y écrivait-il.

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
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