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L'écrivain William Vollmann découvre que le FBI le soupçonnait d'être «Unabomber»

Margaux Leridon, mis à jour le 23.08.2013 à 15 h 21

William T. Vollmann, en 2006. Øystein Vidnes via Flickr CC License by.

William T. Vollmann, en 2006. Øystein Vidnes via Flickr CC License by.

Imaginez avoir accès à un dossier des services secrets à votre nom. Des pages et des pages de notes et remarques fondées sur le filtrage de votre correspondance, le rapport de vos faits et gestes, l’analyse de vos moindres écrits.

C’est ce qui est arrivé à l’écrivain américain William Vollmann qui, après avoir poursuivi le FBI au nom du Freedom of Information Act, a réussi à obtenir que 294 des 785 pages de son dossier lui soient communiquées, rapporte le Washington Post. Pour le numéro de septembre de Harper’s Magazine, l'auteur de La Famille royale et Pourquoi êtes-vous pauvres?, célèbre pour ses romans-fleuves et ses essais coup de poing sur des thèmes souvent polémiques (guerre, prostitution), raconte sa plongée dans les suppositions délirantes de l’agence de renseignements à son égard.

Il a ainsi découvert avoir été suspecté d’être le célèbre Unabomber —contraction de «university and airline bomber»—, auteur de plusieurs attentats au colis piégé à l'encontre de compagnies aériennes et de professeurs supposés soutenir la société technologique à laquelle il s'opposait, et dont nous vous parlions en 2011 comme l’inspirateur du terroriste norvégien Anders Behring Breivik. Une hypothèse fondée notamment sur le fait que «des thèmes anti-croissance et anti-progrès se retrouvant dans l’ensemble de son œuvre» (Unabomber était un extrémiste écologiste).

Cela vous semble un peu léger? Précisons que l’œuvre à laquelle il est fait référence serait, selon l’auteur, son roman historique Fathers and Crows, qui se déroule essentiellement au XVIIe siècle au Canada.

À la décharge du FBI, cette raison n’était pas la seule avancée: il était aussi noté dans son fichier que «UNABOMBER, comme VOLLMANN, a une fierté d’auteur et insiste que pour ses ouvrages soient publiés sans être édités». C’est vrai que là, tout de suite, William Vollmann devient carrément inquiétant.

Entre autres allégations fantaisistes, William Vollmann a découvert grâce au FBI qu’il aurait effectué un voyage à Beyrouth et qu’il posséderait un lance-flamme. En 1995, il est classé «armé et dangereux». Il est resté suspecté de terrorisme bien après l’arrestation du vrai Unabomber —on le soupçonna un temps d’être le responsable des attentats à l’anthrax en 2001.  

Interviewé par la NPR au sujet de son article, William Vollmann explique que, compte-tenu du caractère souvent violent et polémique de ses écrits, il comprend que le FBI ait pu être amené à s’intéresser à lui. Mais il considère qu’une ligne a été franchie en continuant de le surveiller après que le vrai Unabomber a été arrêté. Il qualifie ceux qui s’en sont chargés de «non-Américains». Interrogé par la NPR sur le choix de ce terme, il explique:

«(…) franchement, ce n’est pas le genre d’Amérique à laquelle je crois, et à laquelle je pense que la plupart des gens croit. Je pense que c’est dégoûtant et je pense que c’est non-américain.»

Margaux Leridon
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