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«Jackie Brown», «Get Shorty»... Pourquoi les livres d'Elmore Leonard donnaient de grands films

Forrest Wickman, mis à jour le 21.08.2013 à 12 h 01

Elmore Leonard en mai 2011. REUTERS/Lucas Jackson

Elmore Leonard en mai 2011. REUTERS/Lucas Jackson

En 2004, le magazine The Atlantic a qualifié Elmore Leonard, décédé ce 20 août, du «romancier sans doute le plus cinématographique de langue anglaise».

Non seulement ses romans suivaient le plus souvent la recette des films de Godard —«tout ce dont vous avez besoin pour faire un film, c'est d'une fille et d'un flingue»— mais il dégraissait aussi son style pour ne garder que l’action et les dialogues.

Comme il l’avait expliqué en énonçant ses dix règles d’écriture (qui impliquaient d’éviter les longues descriptions et de faire l’impasse sur «les parties que les lecteurs ne lisent en général pas»), «si l’on sent que c’est écrit, je réécris».  

Il est donc peu surprenant que plus que n’importe quel romancier contemporain (outre peut-être Stephen King) ses romans aient suscité nombre d’excellents films. Parmi les meilleures on compte Jackie Brown, Get Shorty, Hombre, et les deux versions de 3H10 pour Yuma— mais il y en a une vingtaine de plus, s’étalent sur près de 50 ans, sans compter les adaptations télé comme Justified.

A quel point ces films sont-ils fidèles aux mots de Leonard? Cela dépend, bien sûr. Mais ceux qui ne connaissent Elmore Leonard qu’à travers ces films pourraient être surpris de constater l’aspect cinématographique de ses livres— et à quel point ceux-ci contenaient déjà les films dans leurs dialogues.

Le meilleur exemple: la scène du coffre dans Hors d’atteinte (peut-être la meilleure adaptation de Leonard), avec Jack Foley (George Clooney) et Karen Sisco (Jennifer Lopez) tous les deux enfermés à l’arrière d’une voiture.

On pourrait croire que la façon dont le couple flirte avec des références cinématographiques a été ajoutée par le réalisateur, Steven Soderbergh et le scénariste, Scott Frank. Mais tout est déjà dans le roman. Avant qu’ils n’arrivent aux Trois jours du Condor, le fugitif et l’agente fédérale discutent de Network et Bonnie et Clyde:

«Le moment où ils se font tirer dessus? Warren Beatty et… Je n’arrive pas à me souvenir de son nom.»
«Faye Dunaway. Elle était géniale dans Network.»
«Ouais elle était bonne. J’aimais bien le mec qui disait qu’il était complètement furieux et qu’il n’allait plus supporter qu’on le fasse chier.»
«Peter Finch» dit Karen.
«Ouais, voilà. Enfin bref cette scène où Warren Beatty et Faye Dunaway se font tirer dessus? Je me souviens qu’à l’époque je m’étais dit, ce serait pas mal de s’en aller comme ça, s’il faut s’en aller».

Les personnages de Leonard faisaient souvent des références à des films. Ici, Foley est comme un personnage de Godard— il se prend pour un gangster. Va-t-il mourir sous une pluie de balles comme Warren Beatty? Et Sisco le voit aussi comme un personnage cinématographique. Est-ce qu’il va la draguer à fond comme Robert Redford dans les Trois jours du Condor? Comme dans les films de Godard (et dans Get Shorty), la scène traite à la fois de la distance entre les personnages et de leur image nourrie par le cinéma.

Leonard savait que les films ont changé la façon dont nous nous voyons, la façon dont nous nous projetons, et il a décrit cette expérience comme peu d’autres ont réussi à le faire.

Forrest Wickman

Traduit par Charlotte Pudlowski

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