Égalités / Culture

Plafond de verre: la lutte contre le sexisme dans l'art a encore de beaux jours devant elle

Temps de lecture : 2 min

Avant les César, théâtre du Chatelet à Paris, le 22 février 2013. REUTERS/Charles Platiau
Avant les César, théâtre du Chatelet à Paris, le 22 février 2013. REUTERS/Charles Platiau

«Qui a peur des femmes dans la culture?», demande la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, dans une tribune publiée par Libération.

Elle y répond entre autres à une tribune de Philippe Caubère, également publiée par Libé, où le comédien et metteur en scène affirmait:

«La parité, si elle a un sens en effet pour ce qui concerne la direction administrative, n’en a plus aucun dès qu’il s’agit d’art.»

La ministre rappelle qu'en France, «88% des centres dramatiques nationaux sont dirigés par des hommes, 3% des concerts ou spectacles sont dirigés par des femmes, et 20% des textes joués au théâtre sont écrits par des femmes», alors qu'elles constituent plus de la moitié des élèves des conservatoires nationaux.

Et conclut que dans la culture comme dans le reste de la société française, «toutes les conditions doivent être réunies, dès à présent, pour que les femmes et les hommes disposent des mêmes chances d'accéder aux responsabilités dans leur domaine d'activité», et que rien ne justifie que l'égalité professionnelle «s'arrête au seuil des théâtres ou des salles de musique».

Sa tribune vient après la polémique sur les nouvelles nominations faites par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, à différents postes à responsabilité des théâtres français. La metteur en scène et fondatrice du Théâtre du soleil Ariane Mouchkineavait donné son point de vue dans une tribune publiée dans Le Monde:

«[...] En vérité c'est cela qui jette le grand trouble, des femmes arrivent aux affaires. Déjà?! Trop tôt s'écrient certains, et même certaines. C'est toujours trop tôt pour les femmes. Elles ne sont pas prêtes. Elles ne sont jamais assez prêtes. On risque de nommer des incompétentes.

Oui. C'est vrai. C'est même ça, l'égalité. Depuis des siècles, d'innombrables fois, on a nommé à d'innombrables postes, d'innombrables hommes incompétents. Alors, même si, aujourd'hui, parmi toutes celles qui vont diriger ces entreprises avec humanité, courage, force et talent, le respect de la parité laisse accéder à la direction d'une institution théâtrale une femme qui se révèle sans vocation réelle, cela ne me paraîtra pas justifier ce remue-ménage ni ces cris d'orfraie.»

Au cinéma, comme l'expliquait Charlotte Pudlowski en mai 2012, le constat n'est pas plus glorieux. En 2010, sur 203 films d'initiative française agréés par le CNC, 21% étaient réalisés par des femmes; en 2011, 25% l’étaient sur 207 films. Et la vraie marque de sexisme dans le cinéma français, c'est l'équation «femme=actrice».

Les Américains ne font pas beaucoup mieux que nous sur grand écran: depuis 1929, année de la première cérémonie des Oscars, seulement quatre femmes ont été nommées dans la catégorie du meilleur réalisateur, rappelait sur Slate Jacques-Alexandre Essosso. Et la première à emporter cette statuette est Kathryn Bigelow, en 2010, 81 ans plus tard.

Une bonne nouvelle pour le petit écran américain cependant: cette année, sur 10 nominations pour la réalisation de séries télé aux Emmy Awards, cinq sont allées à des femmes (trois pour la comédie et deux pour le drame). «C'est le plus grand nombre dans l'histoire de la cérémonie», note le Los Angeles Times, «et c'est d'autant plus notable que l'industrie a été particulièrement lente à admettre les femmes dans ses rangs de réalisateurs de séries télé». Mais le chemin reste long, puisque durant la saison 2011-2012 des séries télé, seuls 15% des 3.100 épisodes tournés ont été réalisés par des femmes.

Cécile Dehesdin Rédactrice en chef adjointe

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