Culture

Rock: pourquoi les Eagles suscitent la haine

Temps de lecture : 2 min

Les Eagles jouant à Monaco pour le Prince Albert. REUTERS/Benoit Tessier
Les Eagles jouant à Monaco pour le Prince Albert. REUTERS/Benoit Tessier

A un moment indéfini, entre la formation du groupe en 1971 et sa séparation en 1980, The Eagles sont devenus le symbole des excès du Rock. Des egos surdimensionnés, une musique qui devait plus aux différentes drogues consommées qu’à de vraies émotions, des adultes jouant les cowboys, traitant les femmes comme des objets, jouant les écolos concernés et des musiciens prétentieux sans aucun recul et sens de l’humour notamment vis-à-vis d’eux-mêmes. C’est peut-être injuste, mais c’est comme cela: Les Eagles sont détestés. Ils ont pourtant vendu des dizaines de millions de disques et en vendent encore 40 ans plus tard. «Hotel California» est diffusé tous les jours par des centaines de radios dans le monde, mais The Eagles suscitent la haine... surtout sur la côte ouest des Etats-Unis. On peut même dire que la Californie est divisée en deux camps: les pro et les anti-Eagles.

Illustration. Dans une scène mythique du film tout aussi mythique «The Big Lebowski» des frères Coen, Jeff Bridges (The Dude) s’exclame dans un taxi qui passe un morceau des Eagles : «I hate the fucking Eagles, man!» («Je déteste les Eagles, mec!»). Il est promptement éjecté du taxi… (on peut voir la video ici).

Tout aussi révélateur, le célèbre critique de rock, Robert Christgau, a écrit au moment de la séparation du groupe un des textes les plus féroces du journalisme musical d’ailleurs resté célèbre (dans le petit monde de la critique musicale américaine de la côte ouest) pour cela…

«Une autre chose qui m’intéresse au sujet des Eagles, c’est que je les hais. «La haine» est le genre de mot qui automatiquement vous exclue des cercles polis post-hippies, mais cela sert aussi à montrer une angoisse très intense mais difficile à cerner. Est-ce que je hais une musique qui m’a donné du plaisir tout le week-end faite par quatre êtres humains que je n’ai jamais rencontrés? Oui. Ecouter les Eagles me laisse un sentiment d’aliénation venant de choses que d’habitude j’aime. Considéré comme le sommet de la tendance country rock, il est aussi le sommet de la réaction à ce que cette tendance illustre…».

Alors Salon Magazine s’est interrogé sur les tentatives actuelles de réhabilitation du groupe qui soulignent notamment la qualité musicale de ses premiers albums comme «The Eagles» de 1972 et «Desperado» de 1973 qui n’auraient rien à voir avec les albums plus commerciaux qui ont suivi. L’article souligne aussi la critique trop facile liée à la jalousie de leur réussite commerciale planétaire et le fait que haïr à ce point un groupe de musiciens n’a pas vraiment de sens.

Mais l’auteur Stephen Deusner renonce en fait assez vite à sa tentative de réhabilitation et résume ainsi son hostilité permanente aux Eagles. «Ils ne se battent pour rien et ne défendent rien. Il leur manque les outrances de la musique de John Fogerty ou la croyance inébranlable de Gram Parsons que les réponses se trouvent dans les effluves alcoolisées. Leur hédonisme n’a jamais été aussi drôle que celui de Marc Bolan et leurs desesperados n’ont pas un code de l’honneur comme Willie Nelson ou Townes Van Zandt. Les Eagles ont pu dénoncer la cupidité de l’industrie du disque avec «Hotel California» mais ils étaient déjà la bête à plusieurs têtes au bout de la table… La postérité des Eagles est d’avoir vendu et de vendre beaucoup de disques. Toutes les réévaluations du monde n’y changeront rien».

Si ce n'est pas de la haine...

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