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«James Deen loves food»: une star du porno au cul des casseroles

L.V. Anderson, mis à jour le 25.08.2013 à 11 h 44

James Deen tourne des vidéos culinaires, mais ne comptez pas sur lui pour vous montrer comment préparer un repas correct.

Capture d'écran du générique de "James Deen loves food"

Capture d'écran du générique de "James Deen loves food"

James Deen, acteur porno dont la renommée tient en partie au fait qu’il est capable de d’avoir une relation sexuelle avec une femme devant une caméra sans paraître vouloir la trucider, tourne discrètement depuis le début de l’année de courtes vidéos culinaires pour le site porno Wood Rocket (bien que le reste du site soit pornographique, l’émission James Deen Loves Food ne dépasse jamais le niveau de suggestivité interdit aux moins de 13 ans).

Le site Jezebel, qui a découvert cette série mi-juillet, l’a qualifiée de «A-Fucking-Dorable». James Deen est-il capable de vous montrer comment préparer un repas correct?

Absolument pas. Si les médias ne cessent de la qualifier d’«émission culinaire James Deen Loves Food n’implique résolument aucun type de cuisine.

Seulement trois en cuisine

Des 18 épisodes mis en ligne par l’acteur porno, seuls trois impliquent la préparation de nourriture dans une cuisine, et rien qui puisse correspondre à la définition de cours pratiques.

Dans le premier de ces trois épisodes culinaires, Deen regarde Ben Fernebok, propriétaire d’une entreprise appelée Nitro Dreams, préparer de la glace et un cocktail glacé en utilisant de l’azote liquide (cet épisode commence en affichant l’avertissement: «N’essayez pas l’expérience que vous allez voir chez vous» —ce qui est assez saugrenu pour une émission de cuisine).

Dans le deuxième, Deen élabore «le burrito le plus cher du monde» avec du brie, du caviar, du homard, du filet mignon et des pinces de crabes royal d’Alaska, entre autres ingrédients, le tout arrosé de copieuses portions de scotch. («Le caviar était une très mauvaise idée» juge Deen après s’être mis torse nu pour s’envoyer le burrito débordant).

Dans la troisième émission de cuisine —de loin la plus utile et créative de toutes— Deen et un ami préparent «le turducken-dog national,» variation façon fête nationale de la dinde-gigogne [dinde farcie d’un canard farci d’un poulet, lui-même farci de chair à saucisse], qui consiste en un hot-dog de dinde dans une saucisse au poulet, elle-même enveloppée d’une tranche de viande de canard, le tout pané et frit.

Arrogance en cuisine

Dans cet épisode aussi, Deen enlève le haut (et le bas). Souvent il jure, éructe, se macule le visage de nourriture et parle la bouche pleine. L’assurance qui le sert si bien dans son activité principale se traduit ici par de l’arrogance.

Dans plusieurs épisodes, l’acteur visite des restaurants, commande bien plus de nourriture qu’il ne peut en manger et la critique sans ménagement devant le propriétaire; il fait son petit numéro de façon fort désobligeante (dans un établissement de Las Vegas, il se plaint à maintes reprises qu'on ne lui ait pas donné de fourchette à huître).

Pire, dans deux épisodes, Deen se rend dans des fast-foods en drive-in et commande tout ce qui figure au menu, ce qui n’est pas seulement atrocement ennuyeux mais crée chez le spectateur un sentiment de pitié à l’égard des bêtes de somme payées au Smic chargées d’exécuter sa commande. Pas franchement a-fucking-dorable.

James Deen Loves Food semble partir du principe que tous ses spectateurs aiment Deen et sont ravis de le regarder faire absolument n’importe quoi, y compris répandre du piment par terre devant une benne à ordure, tirer la langue et la recouvrir de ketchup et disséquer un sandwich McRib (bien entendu le fait que ces exploits fassent écho à la saleté et à la vulgarité du porno mainstream n’est pas un hasard —mais l’esthétique du porno ne s’exporte pas nécessairement bien en cuisine).

Une des séquences est plutôt réussie cependant, et heureusement il se trouve que c’est une de celles qui reviennent le plus souvent. Dans Hungry for Justice Deen apparaît dans un décor représentant une cellule de prison, couchette dépouillée et toilettes comprises, et reconstitue le dernier repas de condamnés à mort célèbres comme John Wayne Gacy, Timothy McVeigh et Ted Bundy.

Deen note la saveur de chaque repas sur une échelle allant de délictueuse à criminelle. C’est d’aussi mauvais goût que ça en a l’air —mais on éprouve une fascination perverse à regarder une star du porno s’empiffrer en évoquant d’abominables crimes, assis sur le trône.

L.V. Anderson

Traduit par Bérengère Viennot

L.V. Anderson
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Journaliste
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