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LCI sur la TNT gratuite? La lettre de Canal+ et Next Radio TV contre l'amendement du gouvernement

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 24.07.2013 à 18 h 49

Ce que la droite n’a pas fait, la gauche s’y emploie. C’est ce que semble dire l’amendement proposé par les socialistes à l’Assemblée nationale et examiné ce jeudi afin de permettre à des chaînes payantes de la TNT de devenir gratuites, et inversement.

La gauche permettrait ainsi à une chaîne d’information comme LCI, payante, de devenir gratuite, et de se placer ainsi en concurrente de BFM TV ou I-Télé, déjà placées sur ce créneau.

Evidemment, LCI, du groupe TF1 (Bouygues) jubile. Evidemment, BFM (Next Radio TV) et iTélé (Canal +) beaucoup moins...

C’est ainsi que les PDG de ces deux derniers groupes, Alain Weill et Bertrand Méheut, ont adressé une lettre, que Slate s'est procuré, aux députés, expliquant qu’une telle décision «provoquerait un bouleversement de l’équilibre économique de l’ensemble du secteur de la TNT, gratuite comme payante». Le marché de la télévision gratuite est déjà «saturé», jugent-ils (25 chaînes devant «se partager le gâteau publicitaire», réduit en temps de crise) et l’offre de TNT payante en serait par ailleurs réduite, selon eux. Ce qui diminuerait l’intérêt des spectateurs pour la TNT en général et aurait un impact négatif sur l’ensemble de ses chaînes, gratuites comme payantes, estiment-ils.

«Rien ne justifie aujourd’hui d’adopter une telle mesure», arguent les deux directeurs des groupes, qui soulignent que les éditeurs de chaînes payantes souhaitant passer en gratuit ont déjà eu l’occasion de lancer des chaînes gratuites et ne l’ont pas saisie. Et que l’amendement «reviendrait à changer a posteriori les règles du jeu, spoliant ainsi tous les acteurs qui avaient choisi d’investir sur le marché de la TNT en s’appuyant sur une analyse concurrentielle qui serait aujourd’hui totalement faussée».

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Actuellement, la loi interdit à une chaîne de la TNT payante de devenir gratuite, et inversement. Le CSA avait ainsi dû s’opposer ces dernières années aux demandes de Paris Première et LCI, chaînes payantes sur la TNT, qui voulaient devenir gratuites. Avec l’amendement tel qu’examiné aujourd’hui, l’autorisation pourrait être donnée.

Voici ce que l’amendement prévoit:

«Les services de télévision payante diffusés en mode terrestre hertzien numérique peuvent rencontrer des obstacles liés au contexte économique ou à un nombre insuffisant d’abonnés et souhaiter évoluer, en totalité ou partiellement vers une diffusion en clair. Inversement, une chaîne TNT diffusée en clair pourrait considérer plus porteur de faire évoluer son offre en faisant appel à la rémunération des usagers.

En l’état actuel de la jurisprudence, un tel changement de catégorie est regardé comme une modification substantielle de l’autorisation accordée par le CSA, lequel ne peut que refuser toute demande en ce sens. A l’instar de ce qui a été réalisé pour le passage des radios d’une catégorie à une autre, il apparaît souhaitable de pouvoir faciliter le passage d’une chaîne de TNT payante à une chaîne de TNT gratuite et inversement.

Le 16 juillet, Patrick Bloche devait déjà présenter l'amendement devant la commission des affaires culturelles mais l'avait retiré, «après un long débat» avait commenté Le Point qui suivait l'affaire, pour le présenter en séance.

Ce combat autour des changements entre gratuit et payant est mené depuis plusieurs années. Déjà en 2011, Bertrand Méheut s’insurgeait dans Le Monde des velléités de LCI de devenir le concurrent de I-Télé:

«Que TF1 prenne en otage le Conseil supérieur de l'audiovisuel et Canal+ en faisant un chantage à l'emploi est audacieux. Par souci de conciliation, nous avons fait une offre de reprise de LCI, en mode non exclusif, à hauteur de 5 millions d'euros par an. Avec les redevances de Free, Orange, SFR, Bouygues Telecom, Numéricâble et le doublement des recettes publicitaires, cela permettrait à LCI de maintenir ou d'augmenter ses revenus. Qu'elle passe sur la TNT gratuite après avoir bénéficié des millions de Canal+ pendant cinq ans, c'est inacceptable.»

Si LCI accédait à un canal gratuit, nul doute que Bouygues, qui n’a jamais caché ses amitiés avec l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy, serait reconnaissant à la gauche. Et concurrencerait BFM, une chaîne qui explose en termes d’audience, et dont l’hostilité à la politique du gouvernement est de plus en plus manifeste.

C.P.

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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