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Poutine en hipster ou la mèmification des tyrans

Temps de lecture : 2 min

Vladimir Poutine monte un cheval lors d’une sortie en Sibérie, le 3 août 2009. RIA NOVOSTI / REUTERS
Vladimir Poutine monte un cheval lors d’une sortie en Sibérie, le 3 août 2009. RIA NOVOSTI / REUTERS

Vladimir Poutine est-il un hipster? Alors qu’Esquire publie un article très drôle en expliquant en quoi Vladimir Poutine remplit les critères du hipster parfait, Flavorwire répond par un papier plus sérieux déplorant le phénomène de «mèmification» des tyrans.

Les différents éléments qui font du président russe un hipster en puissance selon Esquire peuvent se regrouper en trois catégories:

1. Le look: amateur de lunettes de soleil «ni pratiques ni seyantes» et de casques audios disproportionnés, il aime accessoiriser ses tenues par un détail bling, quitte à le voler si le détail en question s’avère appartenir à Robert Kraft –c’est du moins ce qu’affirme ce dernier, qui accuse Poutine de lui avoir dérobé la bague commémorant la victoire de son équipe au Superbowl.

2. Le côté rétro: il relance la machine à écrire pour échapper au cyber-espionnage, et il est fan d’ABBA. Certes, ce choix heurte un peu sa crédibilité, «mais avoir un groupe préféré qui n’a pas été vu sur scène depuis des années lui permet de s’inscrire dans la droite ligne des amoureux de The Smiths, Talking Heads et Fugazi».

3. L’enthousiasme niais: toujours partant pour des activités improbables, Poutine s’est notamment fait remarquer en train de s’essayer à l’escalade, ou de plonger à bord d’un sous-marin pour aller regarder les vestiges d’une frégate qui avait sombré dans le golfe de Finlande en 1869 (cf. «le côté rétro»).

La blague n’amuse pas du tout Flavorwire. En effet, Esquire n’est pas le premier à publier un papier de ce genre: il s’inscrit dans une mouvance de plus en plus répandue qui consiste à créer des mèmes à partir de tyrans, en en faisant des petits personnages rigolos.

Or, si le personnage de Saddam Hussein dans South Park par exemple, permettait de tourner celui-ci en ridicule, le traitement de Poutine en hipster le rendrait presque sympathique, ou du moins contribue à faire oublier ce qu’il représente vraiment pour la Russie: la répression des homosexuels, des entraves à la liberté de la presse, et des assassinats présumés d’opposants politiques à l’étranger.

Flavorwire souligne la différence fondamentale entre la satire, qui consiste à rendre quelqu’un ridicule, et que les hommes politiques redoutent, et le fait de rendre quelqu’un marrant, et donc potentiellement sympa, qui fait au contraire le jeu des hommes politiques. Faire de Poutine un hipster entre définitivement dans la seconde catégorie.

Margaux Leridon

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