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Un artiste allemand devant la justice pour avoir fait le salut nazi

Annabelle Georgen, mis à jour le 18.07.2013 à 9 h 37

Jonathan Meese en spectacle, le 26 juin 2013.

Jonathan Meese en spectacle, le 26 juin 2013.

Peut-on rire de tout? Où s'arrête l'art? L'artiste est-il vraiment libre? Autant d'éternelles questions qui demeurent sans réponse et qui seront sans doute posées, jeudi 18 juillet, au tribunal de Cassel (Land de Hesse), devant lequel comparaîtra Jonathan Meese, un des plus grands artistes contemporains allemands.

Ce dernier a été assigné en justice par le procureur général du tribunal pour avoir fait le salut hitlérien lors de ses dernières performances, rapporte le quotidien Berliner Zeitung. En Allemagne, où le salut hitlérien est interdit depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, passible d'une amende et d'une peine de prison pouvant aller jusqu'à trois ans, ce genre de provocation est donc considéré comme une atteinte à la loi fondamentale.

Connu dans le monde de l'art pour son goût de la provocation, cet artiste touche-à-tout qui est à la fois peintre, sculpteur, vidéaste et performer, se livre à des saluts hitlériens répétés dans son dernier one-man-show, dans lequel, à grands renforts de symboles du nazisme –croix gammées, croix celtiques, drapeaux, écriture gothique– il prône «la dictature de l'art».

Il pousse même la provocation jusqu'à barrer la page d'accueil de son site personnel avec une photo de son spectacle le montrant le bras tendu. Sur scène, il va jusqu'à gribouiller une croix gammée sur une poupée à l'effigie d'un extraterrestre et mime une scène de sexe oral, rapporte le Berliner Zeitung. Lors de sa dernière représentation, en juin dernier, au Mannheimer Schillertagen, les trois quarts des spectateurs ont quitté la salle durant le spectacle, comme le racontait le site de critique théâtrale Nachtkritik.de.

L'artiste se défend de toute apologie du nazisme, comme il l'a confié à Der Spiegel:

«Je suis naturellement complètement innocent. Ce que je fais sur scène et au nom de l'art est protégé par la liberté de l'art dans la loi fondamentale. […] Je n'ai pas fait le salut hitlérien dans le métro ou revendiqué l'abolition de la démocratie. Je ne l'ai jamais fait, et je ne le ferai jamais. On doit faire une séparation stricte entre l'homme de scène Jonathan Meese et la personne privée insignifiante Jonathan Meese.»

Ajoutant plus loin:

«Je suis donc le Socrate de cette époque! Je remets tout en question, moi-même, le je, la démocratie. C'est le devoir de l'Art, de tout remettre en question –tout!»

Le magazine d'art contemporain Monopol se demande lui si après ces provocations, Jonathan Meese, invité à mettre en scène Parsifal au Festival de Bayreuth en 2016, est vraiment la bonne personne pour mettre en scène l'opéra de Wagner, eût égard à l'antisémitisme notoire du compositeur.

Annabelle Georgen
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Journaliste
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