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Thom Yorke a-t-il raison? Spotify paye-t-il mal les artistes?

Florian Reynaud, mis à jour le 16.07.2013 à 15 h 13

Un utilisateur de Spotify sur tablette (Spotify)

Un utilisateur de Spotify sur tablette (Spotify)

«Ne vous y trompez pas, les nouveaux artistes que vous découvrez sur Spotify ne seront pas payés. Pendant ce temps-là, les actionnaires rouleront bientôt sur l'or.»

C'est le coup de gueule poussé sur Twitter le dimanche 14 juillet par Thom Yorke, star du groupe britannique Radiohead. Ce dernier a retiré de la plateforme de streaming musical son album solo Eraser paru en 2006. L'autre groupe auquel il participe, Atoms of Peace, a enlevé son dernier album, paru en 2013 et intitulé Amok. Plusieurs autres pistes ont été retirées, et l'événement a été annoncé par Thom Yorke et Nigel Godrich, membre d'Atoms for Peace et producteur historique de Radiohead, rapporte le Wall Street Journal.

Spotify a vite réagi et répondu à Thom Yorke et Nigel Godrich. Selon un porte-parole de l'entreprise:

«Nous sommes à 100% engagés dans le projet de faire de Spotify le meilleur service musical possible pour les artistes, nous sommes constamment en dialogue avec eux et leurs managers afin de voir comment Spotify peut les aider à construire leur carrière.»

La rémunération des artistes par Spotify reste nébuleuse, mais Yorke dénonce une rémunération à deux vitesses, qui favorise les gros artistes, au détriment des petits labels. Selon le journaliste Duncan Geere, le musicien a tort d'attaquer ainsi le site de streaming.

Dans une tribune publiée sur Techradar, il explique que bien au contraire, Spotify est parfait pour les jeunes artistes. Il est bien plus facile d'y être diffusé qu'en format physique, le site offre une forte audience et réduit le piratage. Il l'admet: oui, les jeunes artistes sont mal payés par Spotify, ce dernier ne peut pas être la seule source de revenus.

«En bref: oui, il est probablement vrai que faire de l'argent avec des enregistrements musicaux est plus dur qu'avant. Mais non, vous ne pouvez pas faire porter le chapeau à Spotify. Et plus important encore, cela ne signifie pas que l'industrie est pire qu'avant –plus de gens font et écoutent plus de musique que jamais dans l'histoire de l'humanité. Et c'est très bien.»

Duncan Geere n'a pas entièrement tort. Le phénomène pointé du doigt par Yorke et Godrich n'est pas propre à Spotify, ni même à l'industrie musicale, et celui-ci existe depuis longtemps. Le 12 juin dernier, Alan Krueger, président du Council of Economic Adviser, a publié un discours où il comparait la crise économique et les problèmes des Etats-Unis avec l'évolution de l'industrie musicale. L'économiste prenait l'exemple des concerts. En 1982 déjà, 1% des artistes raflaient 26% des revenus issus des concerts. En 2003, cette part s'élevait à 56%.

Plusieurs objections peuvent cependant être entendues. Tout d'abord, le modèle de rémunération reste flou. Selon Quartz qui reprend l'explication d'un artiste «en résidence» chez Spotify (groupe ambassadeur de la marque), la plateforme reverse un pourcentage de ses revenus en fonction de la part d'un artiste dans le total de chansons écoutées sur le site. L'interview date de juin 2012, mais la page officielle de Spotify confirme deux modes de rémunération. D'un côté, on trouve environ 70% de revenus redistribués en fonction de la popularité.

«Par exemple, nous verserons environ 2% de nos droits d'auteurs bruts pour un artiste dont la musique représente à peu près 2% du streaming de nos utilisateurs.»

Et de l'autre côté, on trouve des contrats, secrets, passés avec les maisons de disques, les sociétés de gestion des droits d'auteur, etc. La firme assure mettre en place des dispositifs spécifiques pour aider les indépendants et petits groupes, notamment des partenariats avec les principaux labels indépendants. Les modes de rémunération peuvent faire craindre une répartition inégalitaire des revenus puisqu'un artiste est payé non pas seulement en fonction du nombre d'écoutes de ses titres, mais également de celui des autres artistes. Si l'on revient à l'analyse de Krueger, le risque est bien de pérenniser une appropriation des revenus par les très grands artistes. 

Florian Reynaud
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