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Bernard-Henri Lévy: «Une exposition est une sorte d’œuvre»

Temps de lecture : 3 min

A la fondation Maeght de Saint-Paul de Vence, le philosophe est pour la première fois commissaire, pour une exposition intitulée «Les aventures de la vérité».

Bernard Henri-Lévy, par Alexis Duclos.
Bernard Henri-Lévy, par Alexis Duclos.

«Les Aventures de la vérité», exposition dont Bernard-Henri Lévy est le commissaire, à la fondation Maeght, est d'un genre particulier. Le philosophe y confronte penseurs et artistes dans une mise en scène en sept «stations». Car pour lui, «la question posée par l'art, c'est moins celle de la beauté que celle de la vérité», précise-t-il dans un livre qui accompagne l'exposition.

Il explique à Slate sa démarche et son ambition.

Etes-vous satisfait, quelques jours après son inauguration, de l’accueil fait à votre exposition?

Oui. Elle a permis, me semble-t-il, de poser des questions qui n’étaient pas toujours très présentes dans les débats actuels autour de l’art. La question de l’iconoclastie par exemple. Sa prégnance dans un espace où on la pensait absente et qui est l’espace catholique. La réhabilitation de la pensée juive dans son rapport à l’art. Ou encore la question de ce que «vaut» l’art contemporain… Je n’ai pas une réponse toute faite. Mais je mets en œuvre une méthode qui, elle, me paraît assez infaillible. Je mets côte à côte une Vanité de Philippe de Champaigne et une Vanité de l’artiste chinois contemporain Yan Pei Ming. Une Crucifixion de Bronzino, et une autre de Basquiat. Une tête sculptée de Marina Abramovic et une autre du surréaliste Marcel Jean. La question, dès lors, est simple. Est-ce que ça tient ou est-ce que ça ne tient pas? Est-ce que l’œuvre d’aujourd'hui résiste à la confrontation ou est-ce qu’elle s’étiole? Ce n’est pas une théorie. C’est une mise à l’épreuve pratique. Et ça marche, vraiment, à tous les coups.

En quoi la philosophie et la peinture se répondent-elles dans leur cheminement vers la vérité?

Je ne dis pas qu’elles se répondent. Elles peuvent, aussi bien, s’opposer, guerroyer, tenter de se terrasser l’une l’autre. C’est ça que je raconte. Cette exposition est comme un film à rebondissements. Ou un roman - avec sa dramaturgie, ses coups de théâtre, ses retournements.

Vous assumez donc sa dimension subjective?

Evidemment! Rien ne serait plus absurde que l’attitude consistant à se cacher derrière son petit doigt en prétendant à je ne sais quelle objectivité. Primo, c’est un récit. Secundo, c’est une fiction. Et, tertio, les œuvres qui sont là sont des séquences de cette fiction.

Est-ce que cela ne pose pas un problème? Est-ce que vous ne donnez pas aux œuvres convoquées un sens qui n’est pas nécessairement le leur?

C’est le jeu. Là aussi, il ne faut pas se cacher les choses. Une exposition est une sorte d’œuvre. Toujours. Et il est donc inévitable que, tout en respectant les œuvres qu’elle montre, tout en évitant de les enrôler dans des batailles qui ne sont pas les leurs, elle leur ajoute un sens. Tous les commissaires d’exposition, tous, même s’ils n’osent pas toujours le dire, sont convaincus de cela. Regardez, tout récemment encore, à la Biennale de Venise, la grande et très belle exposition conçue par Caroline Bourgeois, chez François Pinault, à la Douane de Mer…

Quel accès particulier à la vérité la peinture permet-elle, par rapport aux autres arts?

Elle accède, et permet d’accéder, à ce que Levinas appelle un Autrement qu’être. Et moi, dans mes mots, un «Contre-Être». Elle est au sommet de sa vocation quand elle cesse, justement, de se poser la question de la vérité dans les termes prescrits par la philosophie. C’est la leçon des grands abstraits. C’est celle de Soulages ou de Klein. C’est celle de cet incroyable tableau, fait tout exprès pour l’exposition par Anselm Kiefer, qui s’appelle Alkehest.

Quelles sont les autres œuvres dans ce cas, produites spécialement pour cette exposition à la Fondation?

Elles sont assez nombreuses. Et cela aussi est, pour moi, une source de grande joie. Une sculpture de Miquel Barcelo. Une autre de Jacques Martinez. Une très belle œuvre de Pierre et Gilles. Ou encore le diptyque de Kehinde Wiley qui encadre, dans la dernière salle de l’exposition, le très rare Tintoret que nous a prêté le musée de Besançon.

La philosophie réfléchit énormément à l'art et à la peinture, de façon très directe. La peinture est-elle de même porteuse d'une réflexion directe sur la philosophie?

Regardez les vidéos d’artistes que j’ai exposées sur la terrasse de la Fondation et qui passent en boucle sur des écrans de télévision. Vous verrez quelques uns des meilleurs artistes d’aujourd'hui lire des grands textes de philosophie et les habiter.

De toutes les toiles de l'exposition, quelle est celle qui vous permet le mieux de philosopher?

La vraie question n’est pas celle-là. C’est celle des toiles qui ont, bien avant moi, produit le plus de philosophie. Eh bien c’est le Tintoret, justement. Ou le Rothko, pour des raisons que je détaille dans le livre qui accompagne l’exposition. Ou encore le tableau de Paul Rebeyrolle qui a eu un rôle séminal dans la conception du grand livre de Michel Foucault, Surveiller et punir. Et c’est une sacrée aventure.

Propos recueillis par mail

Exposition à la fondation Maeght, du 29 juin au 11 novembre 2013.

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