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«Position du lévrier», «jambes au col» et «liqueur amoureuse»: «L'école des filles», manuel de sexe osé de 1655

Cécile Dehesdin, mis à jour le 02.07.2013 à 18 h 28

Une illustration de la traduction britannique de L'Ecole des filles, via  The appendix

Une illustration de la traduction britannique de L'Ecole des filles, via The appendix

Oubliez Cinquante nuances de Grey et plongez-vous dans la littérature libertine française. Remontez plus loin que La vie sexuelle de Catherine M., plus loin qu'Histoire d'O ou que Les Onze Mille Verges. Remontez à 1655.

C'est cette année-là qu'est publié L'Ecole des filles ou la Philosophie des Dames, présenté comme d'un auteur anonyme ou attribué à Jean L'Ange ou Michel Millot. Ça ne vous dit rien? Comme le notait Jean-Pierre Dens, professeur à l'université de la Nouvelle-Orléans, ce premier roman sur le libertinage des moeurs paru en France a peu fait parler de lui, alors qu'il est «exceptionnel» [PDF] en ce qu'il «devance son époque de plus d'un siècle».

Nous l'avons repéré grâce à notre grand-frère Slate.com, qui reproduit des extraits de sa traduction britannique, publiée en 1680, avec plusieurs illustrations des positions sexuelles évoquées.

Le texte est disponible en entier et en français sur Google Books, dans une typographie désuette qui ajoute encore au charme suranné d'un texte dont les héroïnes emploient les termes «con», «liqueur amoureuse», «vit» et «position du lévrier»:

Le livre se présente en deux dialogues. Dans le premier, Susanne rend visite à sa cousine Fanchon et lui enseigne les plaisirs qu'elle aurait à découvrir le sexe, ou, dans les mots de Susanne:

«Pour ne plus te tenir en suspens, tu dois savoir qu'un garçon & une fille peuvent goûter ensemble des délices inexprimables, sans que cela leur coûte rien.»

Susanne a été envoyée en mission par un certain M. Robinet, qui aimerait goûter des délices inexprimables avec Fanchon sans savoir comment le dire à l'innocente jeune femme. Susanne raconte ses récits sexuels et laisse ainsi une Fanchon toute émoustillée –et instruite–, pile au moment où Robinet arrive. Dans le deuxième dialogue, c'est Fanchon qui raconte à Susanne son dépucelage avec Robinet.

L'ensemble peut se lire comme un manuel d'éducation sexuelle du XVIIe siècle, avec de nombreux détails sur l'anatomie masculine et féminine, les positions sexuelles qu'on peut imaginer, le plaisir qu'on peut en retirer... Parmi les explications du sexe de l'époque, on retiendra celle sur la supériorité de la position de l'amazone (la femme chevauchant l'homme) sur celle du missionnaire:

«Susanne: En cette posture, où la femme est dessus, et l'homme est dessous, il y a une ressemblance de cette métamorphose par la mutation des devoirs qui est réciproque. Au moyen de quoi l'homme se repait entièrement des passions de la femme, et cette posture lui figure qu'il change de sexe. La femme s'imagine en même temps être devenue un homme parfait.»

Ou celle sur la façon –d'après Susanne– de ne pas tomber enceinte: il suffirait de remuer au moment où l'homme jouit, parce que «cela fait aller le foutre ça & là, & il ne peut prendre avec celui de la femme» (!). Susanne évoque des godemichés en verre ou en velours, les différentes tailles de «vits», comment faire durer le plaisir, etc.

Le texte, très en avance pour son époque, reste sexiste et «maintient la femme dans un état subalterne», note Jean-Pierre Dens, «alors qu'au XVIIIe siècle elle sera beaucoup plus émancipée». Il reste pour le professeur «révolutionnaire», en ce qu'il libère le langage érotique en nommant un con un con.

C.D.

Cécile Dehesdin
Cécile Dehesdin (610 articles)
Rédactrice en chef adjointe
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