Jeux vidéo: une étude confirme le sexisme des joueurs

Halo Reach, par Brian via FlickrCC License by

Halo Reach, par Brian via FlickrCC License by

«Nous ne sommes toujours pas les bienvenues dans cet univers», s'alarmait sur Slate Elisa Meléndez en 2012. L'univers dont elle parle, c'est celui des jeux vidéo. Le milieu serait sexiste, et particulièrement inhospitalier pour les femmes, qui représentent pourtant 45% des joueurs. Vendredi 28 juin, le magazine Pacific Standard a rapporté les résultats d'une étude qui prouverait le comportement sexiste des joueurs.

La recherche a porté sur un jeu très prisé en ligne, Halo 3. Deux comptes étaient créés et controlés par des robots, l'un avait une identité mâle, et l'autre femelle. Des messages audios étaient pré-enregistrés par un homme et une femme. Le but était d'analyser les interactions des autres joueurs durant les parties en ligne.

«En tout 245 parties ont été jouées et enregistrées, 163 d'entre elles contenaient des interactions verbales et ont été analysées.»

L'analyse a conclu que les autres joueurs réagissaient différemment quand ils pensaient être en présence d'une joueuse de sexe féminin. De plus:

«La “femme” a au final reçu trois fois plus de commentaires négatifs directs que l'“homme”.»

Ceci, alors que leurs statistiques de jeux et leur niveau étaient quasiment à égalité. L'homme comme la femme ont reçu autant d'interactions chacun. Cette étude fait écho aux débats qui agitent le milieu vidéoludique depuis plusieurs mois au sujet du sexisme dans les jeux vidéo. Ces remous ont notamment été provoqués par la publication d'un article fleuve, fouillé et sourcé de la blogueuse et joueuse Mar_Lard: «Sexisme chez les geeks: Pourquoi notre communauté est malade, et comment y remédier.»

«Les femmes qui sont là par expertise ou passion, par contre, sont volontiers traitées comme des intruses. Dans ce témoignage horrifiant et pourtant sans surprise, une journaliste de l’important magazine Kotaku raconte son expérience à l’E3, la plus importante convention professionnelle de l’industrie. Elle explique comment les responsables relations publiques d’éditeurs de renom l’ont invariablement prise de haut et soumise à un véritable interrogatoire malgré son badge: “Mais vous, vous ne jouez pas vraiment, si? [...]” Comment ils lui ont ôté les mains de la borne de test: “Je crois qu’il vaut mieux que je joue pour vous”.»

Le dossier de la joueuse a déclenché un flot de réactions parmi les joueurs, bien souvent outrés, se sentant accusés, et venant remettre en cause chaque détail et chaque exemple soulevé par la blogueuse. Impossible de tout relever, on trouvera des exemples ici, ou encore .

En novembre 2012 déjà, une vidéo, relevée ici par Madmoizelle, alertait sur le sexisme que pouvaient subir les joueuses. Un internaute s'est fait passer pour une femme lors d'une partie en ligne d'un jeu de la célèbre franchise Call of Duty. Les réactions des autres joueurs, qui semblent très jeunes, sont enregistrées, et elles sont fleuries. Très vite, les menaces et les intimidations, qu'elles soient ou non sur le ton de la «blague», tournent autour du viol et se réfèrent au sexe de l'internaute. 

Bien sur, comme le rappelle Pacific Standard: «Dire que tous les joueurs masculins sont sexistes est aussi stupide que de déclarer que toutes les filles jouent à Bejeweled [NDLR: Jeu de puzzle].» Cependant, comme le relève Elisa Meléndez, ce sont les remarques banales, anodines, quotidiennes, qui participent d'un climat inhospitalier pour les 45% de joueuses:

«Il ne m'a pas envoyé d'images affreuses, il ne m'a pas insultée ni ne m'a menacée de me violer. Mais son mépris ordinaire m'a quand même fait mal, la réaction étant tellement symptomatique de l'ambiance qui règne dans le monde des jeux vidéo.»

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