CultureFrance

Pourquoi Kanye West et les autres rappeurs américains se prennent-ils pour Dieu?

Cécile Schilis-Gallego, mis à jour le 24.06.2013 à 12 h 43

Une du numéro 993 du magazine Rolling Stone (9 février 2006).

Une du numéro 993 du magazine Rolling Stone (9 février 2006).

Kanye West est Dieu (ou un dieu). Du moins c'est ce qu'il affirme dans un morceau de son nouvel album Yeezusdans les bacs depuis le 18 juin. Le morceau I Am A God se termine sur ces vers:

«Je viens de parler à Jésus / Il m'a dit "Quoi de neuf Yeezus?" / J'ai dit "Je me détends / En essayant d'entasser ces millions" / Je sais qu'Il est le plus grand / Mais je suis son disciple / Ma maison est la sienne / C'est à nous / Je suis un dieu / Je suis un dieu / Je suis un dieu.» 

Voilà pour l'idée générale. Mais selon The Atlantic cela ne relève pas d'une simple mégalomanie et d'un goût prononcé pour la provoc'. Les réactions ont d'ailleurs été plutôt modérées après la diffusion du morceau:

«La vérité est que la revendication de divinité est l'une des choses les moins choquantes dans Yeezus. Le rap a produit des futurs messies depuis des décennies, un symptôme des origines culturelles du genre, de la philosophie d'opprimé et de la fixation sur le statut.»

Dieu serait devenu une figure de référence des rappeurs dans les années 1990: le rappeur Ol' DIrty Bastard se fait alors appeler «Big Baby Jesus» et en 1996 Tupac Shakur sort l'album The Don Killuminati: The 7 Day Theory qui le met en scène crucifié.

La référence au Christ se retrouve également chez le rappeur Nas (par ailleurs collaborateur de Kanye West) qui l'utilise dans le clip du titre Hate Me Now (1999).

Pour l'universitaire Edward Blum, auteur de The Color of Christ: The Son of God and the Saga of Race in Americasi ces représentations du Christ dérangent, c'est avant tout parce qu'elles vont à l'encontre de l'idée qu'une grande partie des Américains se fait de Jésus:

«Quand des Afro-Américains se présentent comme Jésus ça peut être perturbant pour beaucoup à cause d'un sentiment enraciné que Jésus a une peau blanche, des cheveux châtains ou blonds et des yeux bleus ou marrons.»

Et concernant la culture hip-hop plus généralement:

«Pour beaucoup d'Américains, leur Jésus imaginé est humble et pacifique, chaste, et contre l'avidité manifeste.»

Pourtant la figure du Christ trouverait un écho auprès des rappeurs tels que Tupac Shakur, Nas et Kanye West parce qu'elle les renverrait à leurs débuts difficiles et à la persécution qu'ils ont ressentie de la part des médias. The Altantic analyse:

«Leur musique revendique une forme de martyre en transmettant l'idée que ces rappeurs sont prêts à tout sacrifier pour faire entendre leur voix et diffuser leurs messages. Pour les artistes de hip hop la résurrection ne sert pas seulement de justification mais est aussi une promesse espérée.»

Kanye West aurait d'ailleurs déclaré lors d'une soirée new-yorkaise: «West était mon nom d'esclave, Yeezus est mon nom divin.» Rien que ça.

C. S-G

Cécile Schilis-Gallego
Cécile Schilis-Gallego (105 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte