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La petite histoire de Slate avec James Gandolfini

John Swansburg, mis à jour le 20.06.2013 à 16 h 45

Souvenir d'une soirée étonnante pour Slate.com...

James Gandolfini dans Les Sopranos, via IMDB

James Gandolfini dans Les Sopranos, via IMDB

En 2009, la critique cinéma de Slate.com Dana Stevens m’a invité au dîner du New York Film Critics Circle Awards, un magnifique bien qu’étrange événement annuel de critiques influents et de top célébrités hollywoodiennes. Nous, à Slate.com, étions relégués ce soir-là à une table pas très glamour, éloignés des stars comme George Clooney et Kathryn Bigelow. La seule «célébrité» à notre table était l’excentrique actrice Sylvia Miles, bien connue pour son rôle d’agent immobilier qui vend à Charlie Sheen son appartement de haut standing dans le film Wall Street

On ne savait pas vraiment ce que Sylvia Miles faisait là –elle n’avait pas été nommée pour un des prix de la soirée, et n'avait joué dans aucun film cette année-là. Mais nous étions heureux d’avoir sa compagnie énergique, en particulier quand il s’est trouvé qu’elle était une vieille amie de James Gandolfini, qui faisait partie des invités et représentait In the Loop, gagnant cette année du prix du meilleur scénario.

«Tony!», lança-t-elle d’un cri strident quand elle vit l’acteur prendre place à une table adjacente. Gandolfini, qui apparemment avait l’habitude d’être appelé par le prénom de son fameux personnage dans la série Les Soprano, la salua chaleureusement et lui demanda qui était assis à ses côtés.

«Slate!», répondit-elle.

«Jamais entendu parler», dit-il.

J'avais déjà bu quelques cocktails, et mon collègue et moi avons effrontément pris cet échange pour une invitation à essayer d’expliquer ce qu'était Slate à Gandolfini.

«Vous savez, le magazine en ligne? Fondé par Michael Kinsley? Qui a tellement couvert les Soprano?»

Mais aucun de ces éléments n’a touché James Gandolfini, et il nous a fait comprendre assez clairement qu’aller lire Slate dans la soirée en rentrant chez lui ne faisait pas partie de ses plans. Nous retournâmes à nos salades.

Plus tard dans la soirée, Gandolfini fut appelé à la tribune. Comme la plupart des gagnants et présentateurs de cette soirée, il prit un moment pour remercier gracieusement les critiques de cinéma. Je paraphrase, mais son discours fut à peu près celui-ci:

«C’est un honneur d’être là ce soir, de rencontrer les critiques de films, qui nous rendent le service de regarder et de s’intéresser à notre travail. Nous ne sommes pas toujours d’accord avec ce que vous écrivez, mais nous apprécions votre intérêt pour les films, et c’est un plaisir de passer du temps avec vous, et en particulier avec les gens de Slate, mon magazine web préféré.»

Des cris de joie se firent alors entendre à la table 27. Nous venions d’être acclamés par James Gandolfini, et seulement nous –et Sylvia Miles– savions qu’il plaisantait. 

Quand James Gandolfini termina son discours de remerciement, il revint à son siège. Quand il passa devant notre table, nous levâmes les yeux vers lui. Gandolfini nous lâcha alors un regard à faire froid dans le dos, nous regardant fixement à la manière de Tony Soprano. «Maintenant nous sommes quitte», dit-il.

Et pourtant, j’ai toujours pour ma part considéré que je lui étais redevable, pour cet éloge vibrant bien que totalement fourbe, ainsi que pour les heures de joie qu’il m’a procuré en tant qu’acteur.

John Swansburg

Traduit par Jean-Laurent Cassely

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