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James Gandolfini, ce n'était pas que Tony Soprano

Slate.com, mis à jour le 20.06.2013 à 10 h 56

Ses meilleurs rôles, outre le fameux parrain de la mafia du New Jersey.

James Gandolfini dans Romance & Cigarette

James Gandolfini dans Romance & Cigarette

James Gandolfini est mort mercredi d’un arrêt cardiaque, alors qu’il était en voyage à Rome. On se souviendra toujours de lui pour sa performance exemplaire, iconique, dans le rôle de Tony Soprano. Mais c’était un acteur incroyablement intuitif, subtil, qui a brillé dans bien d’autres rôles également. En voici quelques-uns, dont se souviennent les équipes de Slate.

Carol, Max et les Maximonstres

Le film de Spike Jonze n’aurait jamais dû marcher. Son Max et les Maximonstres était une adaptation onirique et très libre du livre tant aimé. Il reposait sur un enfant-acteur qui n’avait jamais rien joué mais était présent sur presque tous les plans; et très bizarrement, ses Maximonstres étaient d’énormes marionnettes animatroniques, hirsutes, auxquelles on demandait de soutenir des scènes qui devaient être extrêmement émouvantes.

Mais ce film s’avéra un petit chef d’œuvre, en grande partie grâce à la performance vocale de Gandolfini faisant la voix de Carol, le plus féroce et le plus triste des Maximonstres. Il est celui qui s’attache le plus à Max, et celui qui se met le plus en colère quand il se rend compte que le monde n’est pas exactement comme il l’imaginait. La crise de colère pendant laquelle il arrache le bras d’un autre Maximonstre puis tente de façon tout à fait enfantine de lui faire porter le chapeau, m’a choqué, m’a fait rire, m’a fait peur et m’a attristé tout en même temps. «Je vais te manger», rugit Carol grand enfant enfermé dans un corps dont il n’a pas vraiment le contrôle. Puis, à la fin du film, Carol et Max hurlent ensemble alors que Max prend le large. 

Dan Kois

Nick Murder, Romance & Cigarettes

Les deux rôles dans lesquels j’ai préféré Gandolfini viennent de deux films sous-estimés. Il y a d’abord Big Dave Brewster dans le film des frères Coen, L’Homme qui n’était pas là, avec son discours incroyable qui commence par «Mais quel genre d’homme êtes-vous?» Et puis il y a Nick Murder, dans Romance & Cigarettes, le film de John Turturro, encore plus sous-estimé.

Ne vous faites pas avoir par le nom du personnage: Murder (Meurtre en français). C’est peut-être un type rude du find fond des Etats-Unis, mais c’est loin d’être un stéréotype inspiré des Soprano. Murder est un triste romantique, un ouvrier de la sidérurgie, qui écrit un poème sur un endroit très particulier du corps de sa maîtresse (Kate Winslet), vendeuse dans une boutique de lingerie. Quand sa femme (Susan Sarandon) trouve le poème, le couple se dispute; il sort de la maison et chante A Man Without Love, d’Engelbert Humperdinck.

«Every day I wake up, then I start to break up/ Lonely is a man without love.»

David Haglund

Winston Baldry, Le Mexicain

Très inspiré du cinéma de Quentin Tarantino, Le Mexicain, à la fois comique et violent, était très ostensiblement une formule destinée à mettre en avant le duo de stars Brad Pitt et Julia Roberts (alors sur le point de remporter l’oscar pour Erin Brockovich). L’un joue un gangster de bas niveau qui court à sa perte, l’autre sa petite amie obsédée par son propre développement personnel.

Mais le film ne prend tout son sens que lorsque Gandolfini est à l’écran, tueur à gages charmant et vulnérable, qui commence par kidnapper Julia Roberts, avant de développer une relation fraternelle avec elle. Dans cette scène, Julia Roberts se glisse sans effort dans le rôle du Dr. Melfi pour encourager son ravisseur, brutal et princier à se lancer dans une scène de révélations larmoyantes. Quand elle fixe Gandolfini avec son sourire éclatant, Julia Roberts n’est plus la star du film; elle n’est plus que la représentante à l’écran du public en adoration. 

Jessica Winter

Bear, Get Shorty

Get Shorty présentait un casting d’une telle extravagance –Travolta, Hackman, DeVito– qu’il est facile d’oublier qu’il y avait parmi eux un James Gandolfini pas encore auréolé du succès des Soprano. Mais son rôle de garde du corps –Bear– est l’un des nombreux plaisirs de ce film. Bear trempe dans de sales affaires avec le gangster de Delroy Lindo, Bo, mais vous savez dès le début qu’il s’agit d’un sale type qui n’a pas vraiment le cœur à l’être.

D’abord, il emmène toujours sa jeune fille avec lui, et attire davantage l’attention sur elle que sur les actes criminels qu’il faut manigancer. Et malgré son physique imposant, Bear ne fait pas le poids face au Chili Palmer incarné par Travolta, qui obtient de lui ce qu’il veut à plusieurs reprises.

En un temps limité à l’écran, Gandolfini donne vie à un personnage qui, en d’autres mains, n’aurait été qu’un fade diseur de bons mots: le classique du gros dur au cœur tendre. Gandolfini convainc grâce à son amour pour sa fille, la fierté qu’il tire de son autre carrière (comme presque tout le monde dans cette tendre parodie d’Hollywood, Bear fait du cinéma au noir, comme cascadeur) et ses progrès moraux, cheminant du sale au type, au type profondément bon. On a là un aperçu des tourments de Tony Soprano, mais seulement un aperçu: Bear a une conscience. Et une queue de cheval. Deux choses que l’on ne pourrait voir chez Tony. 

John Swansburg

Traduit par Charlotte Pudlowski

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